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Avant propos de l'auteur

Cher lecteur, armes toi du plus grand courage que tu puisses posséder. Il y a de fortes probabilités pour que tu trouves le récit qui suit nul, ridicule, étant une insulte à notre belle langue française, en bref moche. C'est d'ailleurs aussi un peu mon avis. Mais une promesse est une promesse, et ce que j'avais promis au créateur, non, c'est vrai, il faut dire webmaster du site, Clément, est enfin arrivé. Malgré cela, garde en respect le nombre d'heures qu'il m'a fallu pour l'écrire.
Lorsque j'ai relu cette nouvelle, je me suis demandé comment ai-je pu écrire un truc aussi catastrophique. Je m'étonne moi-même parfois… Néanmoins, si vous tenez tout comme moi à améliorer positivement ce texte, n'hésitez pas à me faire part de vos conseils grâce au " contactez-nous ". Les critiques négatives ne seront pas malvenues. Merci de l'attention éventuelle que vous porterez vis-à-vis de la nouvelle suivante.
Salut et liberté


Hari Seldon ;

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L'univers n'est qu'un jeu


Premier et dernier chapitre


Règle n°1 : ne pas donner de règles.


Aussi loin et près qu'il vous est possible d'imaginer…
Le temps est radieux. Les oiseaux gazouillent. Les gens débauchent et sortent, se baladant sur les longues avenues. Les magasins disparaissent sous la masse humaine qui s'y presse. Les taxis klaxonnent. Les immeubles se détachent dans l'horizon sous le soleil de plomb tombant peu à peu du zénith pour laisser place à la nuit. Dans les immenses parcs publics, les enfants jouent au loup ou à la balle mettant leur mère en colère parce qu'ils se salissent. Dans le quartier à la taille démesurée, composé de petites maisons coquettes bien alignées, les fleurs s'épanouissent par ce temps magnifique. C'est merveilleux. C'est le paradis.


Et moi je rentre au bercail après une journée de travail, lunettes de soleil braquées sur le nez, dans ma vieille auto décapotable (et décapotée pour l'occasion). Mon seul souci est de savoir quoi faire ce soir et demain, étant des moments de repos bien mérités, dans notre monde si merveilleux. Un vieux tube de musique des années 60 passe sur la radio. Super connu, mais j'adore.
La brise me balaie doucement le visage en cette fin d'après-midi de paix merveilleuse où les oiseaux chantent librement. Mais cet après-midi, aussi beau soit-il, n'est pas n'importe quel après-midi. Malgré leurs petites habitudes, chacun sait que ce soir, oui ce soir, ça sera la Fête ! La Fête de tous les mondes, étoiles et civilisations ! Chacun fêtera dans la joie et le bonheur ce que les Grandes Entités (honneur et crainte à leur égard) nomment la renaissance du Bonheur Universel. Le BU… Tout le monde se précipitera dans le temple central béuïste pour jouir des dons immenses du BU.
Mais ce soir les festivités en centre ville me laissent indifférent, je préfère largement partager ce moment de repos si peu courrant avec ma famille. Mon BU, c'est ma famille. D'ailleurs chaque année ce sont toujours les mêmes traditions. Mais aussi pourquoi changer ? Inutile question source de tout malheur.


Je tourne dans l'allée de Magnolia Crescent (je me suis toujours demandé ce que cela voulait dire mais je ne l'ai jamais su), où au numéro 12 résident tous ceux que j'aime. Devant ce charmant pavillon décoré de fleurs et d'une famille entière de nains, je stoppe le vieux moteur de mon véhicule.
Je pose mes deux pieds sur le trottoir. La première chose que je remarque est mon voisin nettoyant sa voiture. Malgré le bruit du jet d'eau, je lui demande par-dessus les buissons si lui et sa femme vont bien. Il me répond comme à l'accoutumée par la positive et ajoute qu'il se prépare à la Fête. Avoir la plus superbe des voitures du temple de notre secteur, c'est son principal rêve. Il est toujours optimiste, c'est d'ailleurs pour cela qu'il m'est sympathique, même si ses objectifs me paraissent peu intéressants. Mais je suis déjà captivé par un autre détail pour moi de taille.
A 10 mètres de moi, sur le dallage de ma terrasse, mes fils jouent aux billes. De bonne humeur, je m'en vais les taquiner un peu. A peine j'arrive à la hauteur du petit groupe que le plus jeune me demande si j'ai attrapé beaucoup de méchants aujourd'hui. Il devient dès lors inutile de préciser que je suis policier, ou flic si vous préférez (poulet pour les intimes). Afin de répondre je commence à me formuler dans ma tête une histoire fascinante pour les enfants de course-poursuite imaginaire mais quelque chose interrompt ma réflexion aussi rapidement qu'elle avait débuté.
Les billes.


Sur le sol j'en ramasse une. Elle est admirable, même magnifique si ce n'est que c'est une simple bille. Ma foi, moi qui pourtant ai dû en voir défiler des milliers et des milliers étant gamin, de toute ma vie je n'en avais jamais vu de si belles.
" T'as vu mes billes papa ? Elles sont jolies, hein ?
- Oui fiston. Elles sont vraiment jolies. Mais dites-moi, comment as-tu eu de si belles billes ?
- Heu… Ben c'est pas compliqué, je suis aller au magasin pour jouets, tu sais, celui qu'est juste à coté, et pi j'en ai acheté, me répond le plus âgé.
- Ton argent de poche n'y est tout de même pas entièrement passé ? Demande-je, inquiet.
- Oh non ! Elles valent moins cher que les anciennes et en plus elles sont carrément trop fortes. Regarde !


Un instant je le regarde pour lui faire plaisir, puis je rentre, toujours une bille à la main, avec l'intention de regarder plus attentivement cette merveille de la technologie. J'ouvre la porte. Dans la cuisine se trouve ma femme, toujours aussi rayonnante et gracieuse qu'une ange. Enfin bon, voilà, c'est ma femme.
A peine le temps d'une embrassade (savoureuse) et je monte quatre à quatre les escaliers pour rejoindre mon bureau. Arrivé dans la pièce, je m'installe confortablement dans mon vieux fauteuil de cuir (que les autres disent " tout pourri "). Hum…
Agréable au touché, confortable pour mon dos qui aime se caler dedans. Il n'est peut-être pas luxueux mais ça pour une fois je m'en fiche. De toute façon pour que quelque chose soit beau de nos jours il faut que cela coûte une somme astronomique.
De ma poche je sors cette bille extraordinaire. Vous devriez voir ça. Cela ressemble à une petite boule de verre bleu foncée, très foncée, contenant une grande lumière souvent blanche et parfois orangée. Non, en fait ce sont plein de petites lumières, des milliers, peut-être des millions ou qui sait, des milliards, flottant dans une matière qui semble à la fois rigide et presque absente. Ces lumières, malgré leur taille infime, sont très brillantes. Elles paraissent se rassembler au centre de la bille en un amas circulaire ayant les bords aplanis. Aussi belle que le BU. J'ai déjà vu cet amas quelque part. Mais où ?
Je me demande grâce à quelles techniques a-t'on pu réaliser ces joyaux. Non mais dans quel monde fantastique vit-on ! Hum. On sonne à ma porte.


Qui est-ce ? Mes amis de la 5e allée ? La belle-mère ? Mon fils qui a un problème avec sa serrure ? Une copine de ma femme qui viendrait offrir un nain de jardin ou un bouquet de fleurs ? C'est inconvenant, de nos jours il est impossible d'avoir cinq minutes à soi. Enfin par ailleurs on est heureux de connaître le BU et de ne pas mener une existence d'ermite solitaire.


Abandonnant la bille sur le bureau entre deux stylos, je me résous à descendre. J'espère que le déplacement en vaut la peine. Un peu sur les nerfs j'arrive dans le hall. Mon épouse a déjà ouvert. Ma contrariété fait subitement place à la surprise, presque de la terreur.
" Bonjour madame. Nous sommes chargés par le Bureau des Investissements Inquisitionnels d'interroger votre mari. La raison de cette entrevue ne peut être divulguée sur ce palier. Nous voulons éviter toute indiscrétion et désirons converser dans une pièce close. Allez donc faire un tour, cela vous détendra. Ayez confiance en notre amitié. "


Bousculant volontairement ma femme dehors, les deux agents du BII, vêtus de la traditionnelle veste beige (tombant jusqu'aux bottes) et des lunettes aux verres fumés à la monture de chrome, pénètrent nonchalamment dans le salon.
DEUX AGENTS DANS MON SALON !!! Intérieurement c'est la panique pour moi. Qu'est-ce que j'ai fais ??!! Qu'est-ce que j'ai vu ??!! Qu'est-ce que j'ai touché, senti, goûté, entendu et qui était mauvais ??!! Deux agents chez moi, moi qui ai pour seule malhonnêteté l'action de faire juste sauter quelques PV ??!! Même si je ne vais pas à la Fête, j'ai toujours respecté le BU !!Que va dire le monde ??!! Deux agents dans mon salon… En plus moi qui suis un gardien de l'ordre…
- Monsieur, vous ne semblez pas aller très bien. Rassurez-vous notre visite n'est que seulement pédagogique, annonce l'un des deux.
- Si si … ça va … et c'est tout ce que j'arrive à bafouiller. Quel pauvre type je fais.


Il faut dire que là, je ne comprends pas. Non je ne comprends pas pourquoi ces deux gugusses ont débarqué ici avec costumes et manières pour venir m'arrêter alors que je n'ai rien fait !!! Je suis désespérément désespéré. A moins que… Enfin tout le monde sait ce que sont leurs visites pédagogiques… Ne soyons pas enfants.
Je pénètre à mon tour en bon dernier dans la cuisine, seule pièce sans fenêtre de la maison. Un agent, le plus discret, referme la porte à clef derrière moi. Je regarde les murs carrelés d'un blanc d'ivoire (ou de nacre, c'est comme on veut). Ma femme et moi avons sans aucun doute la cuisine la plus propre du quartier. Mes meubles, mes photos, mes souvenirs, je suis ici dans mon environnement avec ces envahisseurs tyranniques. Ce fait me donne un peu plus d'assurance, mais si peu…
Dans un coin s'installe mon geôlier. Cela doit être le gros bras chargé d'agir en cas de débordement. En face de moi, assis aussi, flegmatique et presque chétif, l'agent qui va me soumettre à un tas de questions toutes perçantes, meurtrières. Il commence à parler.
- Détendez-vous, monsieur. Commençons ce petit interrogatoire, aucunement nocif pour vous. Détendez-vous…


Machinalement il tripote un crayon passant par là. Ceci doit être fait afin que je sois encore plus nerveux, donc fautif. Oui, et bien là, je crois que je suis un peu parano. C'est sans doute ce qu'ils veulent, ils oeuvrent pour que dans ma paranoïa je fasse une erreur....
- Comprenez-nous, monsieur. Je vous le répète, nous ne sommes pas ici pour vous détraquez ni vous mettre mal à l'aise - tu parles ! -. Simplement ne nous mentez pas, cela s'avérerait inutile, mesquin, inabouti, donc impoli à nos yeux. Nous allons commencer par le plus concret, le plus simple. Il y a de cela une semaine, quelques objets précieux ont été dérobés par un terroriste. Lorsque nous nous sommes lancés sur sa piste, nous avons abouti ici même, dans cette ville et plus précisément dans ce quartier. Je pense que vous voyez où nous voulons en venir ?
- Non… Absolument pas… Bafouille-je (bien que je commence à sérieusement comprendre sur quoi porte l'interrogatoire).
- Non ? Allons, il est totalement hors de propos de nous mentir, Monsieur. Nous savons aussi que même si vous n'êtes pas extraordinaire, monsieur, vous êtes bien loin de l'état d'abruti sénile sans valeur de déduction.
- JE NE VOUS PERMETS PAS DE PARLER DE MOI AINSI !!! m'écrie-je avec le maximum de courage, de franchise et d'énergie dont je dispose.
- Veuillez répéter, s'il vous plait de le faire bien entendu… Murmure mon interrogateur sur un ton neutre, quasiment inoffensif mais me paraissant très inquiétant, nocif car dépourvu totalement de tonalité, de sentiment.
- …


Panique à bord… Comme pris d'une force extérieure puissante, je reste paralysé, le souffle coupé. Ma bouche refuse de bouger… Pas la moindre parcelle d'air ne sort de ma gorge. Mon esprit semble prisonnier de cette masse énorme qui constituait jusqu'à présent mon corps. Le récit semble peut-être assez banal, mais je peux vous assurer que ce sentiment est pire que tout.
- Vous voyez monsieur. Vous êtes comme tout le monde, si je ne fais pas parti de ce monde. Vous suivez l'ensemble, le troupeau de mouton, et lorsque l'on vous sépare du groupe, même si vous croyez être fièrement une brebis galleuse, vous êtes terrifié. Or la peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale*. Maintenant, monsieur, je réitère ma question plus explicitement : comment avez-vous obtenu les billes ?
- …
- Attention… Murmure t'il, un doux sourire peint sur son visage.
Son gorille se rapproche, balançant nonchalamment dans ses mains un étrange petit appareil gris, de forme oblongue. Sans doute une arme, mais je n'y connais rien en la matière. Et bien oui, j'ai beau être un policier et faire régner l'ordre et la sécurité (léger sentiment de fierté), il m'est interdit de porter des armes. Tout doit se passer sans violence, mais cela ne semble pas être l'avis du BII. Toutefois revenons à notre étonnant bidul. Cela peut paraître déplacé dans une situation pareille, mais les petites lumières rouges qui clignotent dessus captent intensément mon intérêt, au point même de faire disparaître toute tension en moi et d'oublier les deux autres.
- Je vous dis de faire attention monsieur, continue l'interrogateur.
- Vous vous répétez mon cher, réponds-je au tac au tac. Et puis en quoi des billes peuvent-elles avoir de l'importance ? Je ne vois même pas où vous voulez en venir, mes fils en possédant peut-être une centaine…
Je me rend bien compte que je prends des risques, mais bon, qu'ai-je à perdre ?


Soudain tout se bouscule. Le bourreau s'avance, le petit engin avec ses lumières rouges. Ces lumières rouges, lumières rouges qui clignotent… Je m'en vais, divagant sur mes rêves. Les lumières rouges, rouges comme la passion, l'amour. Rouges comme le sang… LE SANG !!!!! Je ne sais plus ce qui se passe, je prends les chaises et les balance sur les deux agents avec une force dont je n'aurai jamais cru disposer (bien que je subisse un petit entraînement physique quotidien). Un des deux investigateurs sort une sorte de long tube de fonte de sa veste. Il tire, quelque chose fuse et cela saigne. Je veux voir les lumières rouges !! Je suis dans un rêve, j'agis comme dans un cauchemar, tout m'échappe. Furieux, je suis hors de tout contrôle.


Puis, aussi soudainement qu'il est parti, le calme en moi revient : l'appareil étrange a disparu de mon champ de vision. Un des deux agents est étendu. Dans quelle embrouille me suis-je mis ! Je défonce la porte. Un type essaye de me retenir. Un coup de coude dans la figure ne lui fera pas trop de mal. Le vestibule. Puis l'air libre, une sacrée bonne bouffée d'air frais, libre.


Oxygéné, tout me reviens. J'ai juste le temps de sauter derrière un buisson avant que ne sorte un groupe entier d'agent. Qu'est-ce qui a bien pu se passer ? Je n'aurai jamais, au grand jamais, pu m'en sortir ainsi en temps normal.
- Je ne comprends pas, minaude mon interrogateur, encore un peu sonné.
- Vous n'avez rien à comprendre, agent 451 !
A priori le chef de secteur du BII n'est pas de bonne humeur… Un frisson parcoure mon échine. Il faut partir tout de suite, loin de ce monde de fous, dans je ne sais quelle direction !
- Ratissez tout le quartier, la ville s'il le faut, et trouvez-le ! Dit-il en s'adressant à un groupe d'agents.
Peu à peu la sensation de panique s'empare de moi. Comment sortir d'ici ? Les billes, ils les veulent… Peut-être que si je les récupère saurais-je tirer profit de la situation. Peut-être pas… mais si je ne les récupère pas, ils iront les chercher eux-mêmes, c'est-à-dire là où il y a mes enfants ! Oh non ! Je ne peux pas les laisser faire ça ! Mais d'abord…


Me cachant toujours, je me rapproche de la fenêtre de mon bureau (bien qu'il soit au premier étage, un arbre permet d'y accéder facilement, et moi qui voulait le faire sauter). Je tremble, je tressaille au moindre bruit. Comment les agents font-ils pour ne pas me repérer ?
Essayant de ne pas me faire remarquer (et contre toute attente, réussissant), je grimpe l'arbre et gagne mon bureau. Ni vu ni connu, je récupère la bille, comme un vulgaire voleur se volant lui-même. Des bruits de pas : on se rapproche. Il faut que je me cache quelque part. Terrorisé, le plus vite et malhabilement possible, je me cache dans mon placard à vêtements.


Note de l'auteur : ici on peut constater que parfois les bonnes vieilles méthodes, pourtant peu originales, sont les meilleures…


La porte s'ouvre dans un couinement…Claquement sec.
Petits bruits de manipulation d'objet informatique. J'entrebâille la porte de l'armoire juste pour voir : là, au milieu de la pièce, se tient le chef de secteur du BII. Ah ! Pris au piège, comme un rat qui se fait dératisé ! Il place un petit objet dans son oreille après quelques petits réglages. S'ensuit une communication pour le moins étrange.
- Salutations respectueuses aux Grandes Entités Puissances Même de la Création.
Je sursaute au beau milieu de mes vestes et cravates. Les GEPMC ! Ce n'est donc pas une légende, elles existent donc bel et bien. Celles qui nous terrorisent jusqu'au plus courageux, bien plus même que le BII… Horreur ! Honneur et crainte à leur égard ! Malgré tout, l'agent reprend son dialogue avec elles après un court silence et un hochement de tête :
- La mission se déroule comme convenu. L'intéressé semble manifester une capacité de résistance stupéfiante. Il se pourrait que vous ayez raison.
- …
- Excusez moi, vous avez toujours raison.
- …
- Comme prévu nous avons utilisé le dézingueur à laser, et le sujet en question, au lieu d'être très affaibli comme toute personne de son espèce pas très maligne, a tiré une énergie très puissante de cet engin psychotique. Vos magnificences nous ont encore démontré leur supériorité et leur doit à la domination au travers de ce plan extrêmement bien conçu.
Ah ! L'espèce de salaud ! En plus de me pourchasser, il fayotte auprès des Grandes Entités ! Je me demande ce qui me retient de lui sauter dessus pour l'étrangler ! Ils avaient déjà tout prévu. Mais que veulent-ils donc réellement ?
- …
- Vous parlez des billes ? C'est son fils le plus âgé qui les a.
- …
- Bien, nous allons les trouver tout de suite. Nous sommes déjà lancés sur leur piste, d'ailleurs le jeune garçon, d'après les informations qui me sont adjacentes, se trouve déjà entre nos mains.
- …
- Bien, vos ordres sont d'ors et déjà exécutés. Salut et respect aux Grandes Entités.


A peine le chef de secteur du BII a-t-il le temps de se déconnecter qu'il entrevoit un fou furieux se jetant sur lui. Et l'agresseur, évidemment, c'est moi… Après un combat de courte durée, bénéficiant de l'avantage de la surprise générale, l'agent se retrouve totalement maîtrisé, encore une fois par moi.
- Dis-moi où est mon fils, celui dont tu parlais à l'instant !
- Mais qu'est-ce que…
Mon adversaire semble interloqué
- Répète où tu feras de très mauvais rêves ! Où vais-je chercher tout ça, pensais-je pour moi-même ?…
- Non… non… Elles vont me tuer ! Bafouille t'il. Tu ne dois pas savoir !
Je resserre un peu mon étreinte, juste de quoi lui faire croire que je vais mettre mes menaces à exécution.
- Arrête ! Ton garçon, il est au temple du BU. Il y a trop de monde pour qu'on puisse encore le capturer, mais sois sûr d'une chose, dans une ou deux heures tout au plus nous l'obtiendrons ! Lâcha t'il.
- Et moi ! QUE VIENS-JE FAIRE DANS CETTE FOUTUE HISTOIRE ? M'égosille-je.
- Vous ne pouvez pas comprendre, c'est bien trop compliquer, cela dépasse votre niveau d'entendement. Elles vont me tuer ! Omniprésentes, elles savent tout, vous ne pouvez leur échapper ! De toute façon vous n'avez aucune chance… Votre lutte est vaine…
- MAIS TU VAS ME REPONDRE ? OUI ???!!!!
Soudain il se crispe, un terrible rictus sur le visage…
- Arg… Vous voyez, elles m'assassinent maintenant… à cause de vous… Pauvre fou…
- Puisque tu es condamné, dis-moi tout ! Tu n'as plus rien à perdre maintenant !
Continuant à tousser, crachoter, il recommence à parler avec grand peine.
- Autant te le dire… Teuh heu… Les billes… Ne sont pas seulement de superbes joyaux… Elles sont… Arg… Les… Ne doivent pas y toucher… Arg…


Après avoir tenté de dire quelques mots dans son agonie, il se détend. Pas de doute, il est mort. Atrocement dégoûté, je ne pu éviter de pousser un de ces gros " Beurk ! ". Terrible erreur, puisque mon exclamation rameute d'autres agents.


En effet, de nouveaux bruits de pas accompagnés de " attrapez-le ! " se firent entendre. J'ai juste le temps de fermer à clef la porte (vaine défense) et de sauter par la fenêtre (mieux vaut s'échapper). La porte est rapidement défoncée et des projectiles d'armes inconnues pour moi sifflent au-dessus de ma tête. Mon ignorance est peut-être grande, mais je sais qu'en l'occurrence les agents ne désirent pas du bien pour moi.
Je m'éloigne le plus rapidement possible de ma maison en courant dans les petits jardins, sautant par-dessus les buissons et les piscines, renversant pots de fleurs et nains de jardin, provoquant la grogne des autochtones qui laisse rapidement place au respect et à la haine voulue au BII.
Je cours à perdre haleine, ne regardant jamais derrière, n'écoutant pas les bruits provoqués par les fusils ou autres choses de ce style destinés à me stopper net. Totalement concentré sur l'instant présent, je me dirige vers le square le plus proche. L'important pour le moment est de leur échapper.
Entre deux maisons je file au pas de course, pris de terreur. Certains agents me perdent mais d'autres me retrouvent : c'en est une véritable myriade qui me poursuit. Et les passants se font de moins en moins nombreux car tous se réunissent au temple.
Le temple central du BU…
Mais oui, bien sûr ! Au temple, il y a toute la population de la ville, et dans la foule les agents ne me retrouveront pas ! D'autant plus qu'au temple j'y trouverai les billes et ma famille ! Ayant enfin un but précis à ma fuite, je redouble de courage et d'énergie, tournant à droite, dans une rue particulièrement sombre.


Nb de l'auteur : il faut reconnaître que le " héros " est vraiment stupide parfois…


Je ne m'en étais pas encore rendu compte, mais la nuit tombe. Ce n'est pas très bon, surtout avec les agents aux trousses. Ils pourront pratiquer n'importe laquelle de leurs méthodes horribles (je me répète, je sais, mais c'est vrai), cachées par la pénombre descendant sur la ville…
Un bruit de fond, un ronronnement se rapproche…
Je me retourne une seconde, et ce que je vois me paralyse. Déjà très essoufflé par l'effort physique, je ne puis éviter d'être effrayé aux vues d'un petit engin volant, aux formes très futuristes, rondes et symétriques. Au bout des deux ailes, mesurant peut-être bien cinq mètres d'envergure, de petits engins. Et de ces choses jaillirent deux boules d'un bleu électrique intense.
En un réflexe pour moi ahurissant, je saute sur le côté, évitant une puissante explosion et un jet de flammes.
Je me remets à courir. Mais très vite je me rends compte que je suis cerné par une vingtaine d'agents.
" Oh le con !! ", ne pus-je m'empêcher de m'exclamer. Dans ma détresse profonde et ma panique, j'ai complètement oublié de prendre l'arme du chef de secteur du BII maintenant mort. Elle m'aurait bien été utile, mais il est trop tard.


Entouré par un cercle assez inamical et antipathique, j'observe le vaisseau qui décrit un grand arc de cercle à basse altitude parmi le ciel ou brille déjà le fond étoilé. Le cercle se resserre. Que faire ?
Je les regarde un à un. Sans parler de l'avantage du nombre, leur condition physique est bien meilleure que la mienne. Garde ton sang froid, même si à un contre vingt, autant signer mon arrêt de mort. Il doit bien y avoir une issue…
Soudain je vois l'engin aérien se rapprocher à toute vitesse, droit sur nous. Il est incontestable qu'il a un problème technique : dans son sillage est visible une longue traînée de fumée noire, cendreuse.
Tous fascinés par ce spectacle inattendu, nous regardons foncer droit sur nous cet amas de fibre de carbone, polymère, et je ne sais quoi d'autre… Puis il me vient à l'esprit que s'écarter serait une bonne idée. Je reprends ma course, bousculant des agents tétanisés, stupéfiés par le fait que leur nouvelle arme (petite merveille de la technologie) s'écrase sans raison apparente.
Dans un immense jet de flamme et un bruit sourd de métal broyé (plus quelques agents ahuris pulvérisés), l'engin se crash contre le bitume. De quoi détourner l'attention de mes poursuivants suffisamment de temps pour arriver au temple du BU.
Après quelques minutes de trajet sous la pleine lune brillante montant dans le firmament, apparaît une foule innombrable d'autos, traduisant la proximité d'un lieu très fréquenté. En effet, une centaine de mètres plus loin se dresse une tour colossale, avec comme inscriptions dessus " TEMPLE CENTRAL DU BONHEUR UNIVERSEL ".
Malheureusement pour moi, au pied se garent trois ou quatre convoyeurs blindés du BII. Sortant de ces véhicules, des vestes beiges se précipitent dans le hall. Le temps m'est compté.
Glissant lentement, aussi discret qu'un chat (personnellement j'en doute), je me rapproche de la lourde porte de bronze. Profitant d'un court instant d'inattention de la part des deux agents de garde, je fonce à l'intérieur du bâtiment. J'y suis presque !
- Hep hep hep !
Aïe… Evitant de paniquer, je me retourne pour regarder la personne qui m'a interpellé. Soulagement profond. Il ne s'agit que du gardien du temple, un gros naïf. Pas d'agent. Maintenant il ne faut pas alerter ceux qui sont dehors.
- Vos papiers d'entrée au BU, monsieur.
" … !! "


Me massant la main, je regarde le gardien étendu au sol, assommé, du sang coulant un peu du nez. On m'a toujours dit que j'avais une bonne poigne. Cela se vérifie.
J'avance dans le couloir débouchant dans la salle principale. Déjà j'entends les bruits provoqués par la foule pratiquant le culte du BU. L'horloge au plafond indique que le discours du prêtre béuïste ne va pas tarder. Les agents du BII n'oseront pas intervenir avant. Je presse le pas.
Soudain le martèlement sourd de chaussures en acier se fait entendre : face à moi avancent trois agents du BII pouffant de rire entre eux. Je voudrais bien que cette euphorie continue ainsi (après tout on est dans un lieu dédié au Bonheur Universel), malheureusement l'un relève la tête et me reconnais.
- Et ! Les gars, c'est lui, celui qu'on est censé rechercher en ville ! Attrapez-le !
- Alerte à toute les sections, alerte à toute les sections, le sujet adulte masculin d'âge indéterminé se trouve au temple du BU, je répète, le sujet adulte masculin d'âge indéterminé est localisé, temple central du BU.
Je suis donc en très mauvaise posture… d'un côté il me faut retrouver ma famille et peut-être les billes (que le BII veut à tout pris), d'un autre la bâtisse sera entièrement surveillée par les agents. En d'autres termes plus concrets, mes objectifs sont quasiment impossibles à remplir.



Note de l'auteur : mission impossible, cette nouvelle va s'autodétruire dans trois paragraphes.


Pour l'instant je cours, essayant de semer les agents à ma poursuite, prenant des voies auxiliaires, traversant maintes salles annexes. Derrière, une bonne douzaine d'agents me coursent… Il ne vaut mieux pas s'arrêter. Le temple du BU a beau être un lieu saint, peu leur importe, ils ne changeront pas pour autant leur méthodes extrêmes. Comment s'échapper ?! Gardons notre sang froid. Alors une idée me vient à l'esprit. Pourquoi je ne passerai pas dans les conduites d'aération, comme le type dans le film, heu, comment s'appelait t'il déjà ?
Détallant sur les dalles de marbre, je fuis. Ce n'est pas très original comme solution, mais celle qui a le plus de chance d'être réussie. En parlant du taux de réussite, je me demande si jamais j'arriverai à m'en sortir… Mais ce n'est pas le moment de me décourager, andouille !
Cherche donc les bouches de ventilation. Regardant sur les côtés, à droite, à gauche, devant, je n'en vois aucune. Soudain la solution m'apparut très clairement. Levant la tête, j'en découvre plusieurs au plafond, une cinquantaine de centimètres derrière les luminaires. J'aimerai bien étrangler l'architecte du temple… Comment vais-je les atteindre maintenant ?
" BOOUUUMMM !!!!!! "
Sensation de chaleur sous les pieds. Puis saut de haute voltige. Façon de parler bien entendu…
Je ne sais plus ce qui se passe, une explosion me projette loin devant. Je crois que je me suis tordu le petit doigt. Peu de temps après je vois une fusée passant à peine un mètre au-dessus de ma tête. Il semblerait que le BII me présente tout son armada. Vu tous les moyens mis en œuvre ainsi que le peu de discrétion dont ils font preuve, les agents tiennent à tout prix à m'arrêter avant que je ne trouve les billes. Que leur volonté ne soit pas faite !
Non mais dans quel monde on vit, il y a à peine deux heures je ne comptais pour eux pas plus qu'une fourmis ouvrière. Voilà que maintenant j'ai toutes les troupes de la ville à mes trousses !
EXTRAORDINAIRE !!! Alors que je n'y croyais plus il y a un dixième de seconde, voilà que je découvre une grille de climatisation derrière un pot de fleurs (ces dernières étant un peu calcinées par l'explosion, prouvant la violence de l'impacte). Je me rapproche d'elle, évitant de justesse d'être descendu par une myriade de fléchettes (avec la petite inscription BII dessus : ils savent toujours faire attention aux détails).
Ce temple manque vraiment d'entretien, lamentable : un coup de pied me suffit à briser en morceaux la grille (d'un autre coté ce n'est pas plus mal). Déjà à plat ventre, je me glisse dans la petite ouverture. Exténué, j'évite de justesse une nouvelle déflagration.
Après avoir avancé un peu, je suis hors de portée, bien caché au cœur du réseau de ventilation. Profitons-en pour faire le point.
Rentrant chez moi, je découvre les billes que mon fils a récupéré je ne sais comment (le terroriste peut s'en être débarrassé en les donnant à mon fils, d'ailleurs il faudra que je demande des explications à ce dernier). De purs joyaux… Puis les agents du BII débarquent avec leurs grands sabots pour les récupérer. Je m'enfuis pour venir jusque ici, et là je redécouvre les agents venant comme moi chercher ladites formidables et merveilleuses billes (petite différence, moi je tiens à ma famille, pas eux). Tout suit un enchaînement logique, et pourtant…
Et pourtant trois détails me font dire que cette histoire est plus louche qu'elle n'en a l'air. Tout d'abord je manifeste une résistance stupéfiante et inhabituelle à leur engin psychotique. Ensuite je découvre que les Grandes Entités (Honneur et Crainte à leur égard) qui m'ont toujours parues légendaires sont directement mêlées à cette histoire. Je peux déjà considérer cela comme très mauvais signe. Enfin, Comble du comble, à en croire le chef de secteur du BII, leur plan était prévu à l'avance. Il est donc fort probable que chacune de mes actions soit dirigée dans un but précis, surtout qu'assez bizarrement aucun agent n'a réussi à m'arrêter. Ainsi… il se pourrait fort bien qu'ils veuillent à tout pris que je récupère les billes… Dans quel but ? Je n'en sais trop rien... Grave est l'heure.


Bah… je vais d'abord essayer de sauver ma famille, après j'aviserai ce qu'il faut faire des…
" Tipitipiti. Tipitipiti. "
Je regarde ce qui produit cet étrange son. Ce n'est qu'une petite souris trottinant dans l'étroit passage, soulevant un peu de poussière. Rien de bien surprenant, vu l'état de propreté des lieux. Mais ?!!
Réussissant à l'attraper, je lis sur son dos fait en réalité d'acier l'inscription " BII ". Leur souci de précision les a trahis.
" Tipiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!! "
Je n'ai pas pu m'empêcher de donner un violent coup de pied dans la petite bête robotisée. Soudain j'entends un crissement se rapprocher…
Dès lors je découvre que ce n'était pas une si bonne idée de se cacher dans les bouches d'aération : devant moi, à toute allure, fonce deux objets identiques aux formes inquiétantes. J'ai juste le temps de m'allonger contre la paroi de droite pour les éviter. Alors qu'ils se retournent pour refaire une offensive, je profite de ce court instant pour identifier ces étranges agresseurs.
Ils ne ressemblent en rien à ce que j'ai déjà vu. Dans d'autres circonstances j'aurais pu dire que leur forme est originale, mais là… Une énorme touffe de poil avec huit roues plus à l'avant une longue pointe scintillant dans la faible lueur de l'étroit passage. Cette dernière doit être un outil analogue au poignard. Mais que veut le BII ?!! Récupérer les billes, me tuer ou les deux ?!! Je crois que dessous tout cela il y a autre chose de caché…
Pour l'instant je file le plus rapidement possible à quatre pattes. Le crissement reprend. Tien, je ne m'était pas rendu compte qu'il faisait rudement chaud ici. Leur climatisation manque vraiment d'entretien. L'instant d'une seconde, je me jette un coup d'œil à mes bizarres poursuivants. Aïe ! Il devient urgent de sortir d'ici.
En effet, alors que j'avais le dos tourné (ah, les machines sont lâches), une des deux bestioles mécaniques a déplié un long appendice. Et maintenant je constate avec horreur que ce tuyau sert à cracher des flammes. Bon, je comprends maintenant l'impression de chaleur. Je tourne vivement dans un boyau à droite en pente raide.
Glissant rapidement sur le ventre je tente de m'échapper à nouveau des engins du BII. Le feu ardent lèche mes pauvres pieds (ce sont mes chaussures qui vont être mortes), de quoi aisément me terroriser. Pourquoi faut-il toujours que de tels malheurs tombent sur moi ?!! Mais dans quel monde suis-je ?!! C'est alors que droit devant moi surgit la soufflerie.
Énorme engin renouvelant l'air, ses six hélices tournant à des vitesses phénoménales (épouvantables en l'occurrence) pourront réduire à volonté n'importe qui en rondelles. Joyeuse perspective… Je poursuis inéluctablement ma descente vers le hachoir monstrueux, la mort aux trousses. Encore cerné, et pourtant…


Je retire tout ce que j'ai dis à propos de l'architecte (bénie soit-il). En effet, juste avant le ventilateur a été aménagé une petite pièce de quelques mètres, sans doute pour permettre l'entretien (qui laisse à désirer).
M'accrochant à un tuyau assez solide pour supporter tout mon poids, j'évite de justesse de me faire déchiqueter en morceau. J'ai encore frôlé une mort atroce. Fichtre de BU !!! J'en ai vraiment mare de cette histoire !!!
Commençant à rechercher une issue, je contemple soudain, ahuri, l'étrange et miraculeux spectacle qui s'offre à moi. Dans une gerbe éblouissante, les flammes destinées à me transformer en grillades se font aspirées par la ventilation. Mieux encore, aveuglés par le feu devant eux, les deux robots assassins ne voient pas le piège mortel vers lequel ils roulent à toute vitesse et viennent percuter les hélices dans une gerbe d'étincelles. En voilà deux réduits en petites pièces détachées qui ne pourront plus me gêner. Néanmoins, il va me falloir sortir de là sans être aspiré.
De l'autre côté de la petite salle, je repère une porte. Je saute pour tenter de l'atteindre. Par un effort incommensurable, j'arrive à attraper la poignée, évitant encore une fois d'être découpé en morceaux (ça commence à devenir une habitude). Tentant de l'ouvrir, je me rends compte qu'elle est verrouillée. Evidemment, cela ne pouvait pas être autrement, vu que je semble aujourd'hui disposer d'une chance fabuleuse. C'est vrai, quoi ! J'en ai ma claque des agents, des billes, des avions, des armes, de la climatisation et de ce foutu monde de fou !!
J'attends, réfléchissant, voulant trouver un moyen pour sortir de là. Avec désolation, je me rends à l'évidence : cette satanée porte n'est pas près de céder, et je suis de nouveau coincé comme un rat. Me voilà bien… Il n'y a aucune issue à part la mort (ce qui n'est pas très réjouissant). Pire encore je sens mes bras s'affaiblir rapidement. Je n'aurai bientôt plus assez de force pour tenir. Et il n'y a aucune solution. De nouveau je suis désespérément désespéré.
Tout ça pour rien, ma fuite, mes efforts se sont révélé inutiles. Jamais je n'arriverai à sauver ma famille ! Le BII est trop fort ! Et la fortune est entièrement contre moi… C'est agaçant, je me lamente et je perds du temps. Il doit bien y avoir une solution !
Et pourquoi finalement je n'en finirais pas là, lâchant tout pour mourir et avoir un long sommeil paisible ? La lutte est vaine, comme disait le chef de secteur… Peut-être que l'heure du grand repos est-elle venue. Un peu violemment, certes. C'est fou, je vais me tuer après avoir échapper à maints dangers dans le seul but de survivre. Cela donne matière à réfléchir. C'est trop illogique, stupide pour que je le fasse.
Oui, je vais tout faire pour survivre, ne serait-ce que pour ma famille. Les agents du BII seront terribles avec elle. Je dois vivre. Soudain le ventilateur s'arrête. Alléluia… Encore une fois j'en sorts sain et sauf. Ma quête continue donc…
Lâchant la barre, ne pouvant plus être aspiré maintenant, je regarde, un peu surpris, la porte qui s'ouvre. Derrière, un agent. Ironie du sort, il semblerait que ce soit le BII qui vient de me préserver de la mort. Rien que cela me remonte le moral.
" AAAAAHHHHH !!!!!!!!! "
Je ne comprends pas, je ne lui donné qu'un coup de pied dans la figure, afin de m'échapper, et voilà qu'il se met à crier, le visage brûlé de part en part. Regardant mes chaussures je m'aperçois qu'un fin nuage noir émane de mes semelles encore chaudes. Tout s'explique.


Il n'est peut-être pas trop tard pour ma famille.
Courrant rapidement, je traverse la moitié de l'immeuble, n'hésitant pas à appliquer mes pieds brûlants sur divers agents. Utiles, ces chaussures. Bientôt se dresse devant moi la porte de la salle centrale où le BU se situe. L'heure n'est pas trop avancée, le discours du prêtre béuïste ne doit certainement pas encore avoir eu lieu.
Le plus discrètement possible je me glisse dans l'immense lieu de culte où règne une atmosphère sereine de joie pure (il s'agit du Bonheur Universel tout de même) me détendant un peu. Chacun à sa place invoque le BU comme il se doit. Il y a peut être en ce lieu plus d'une centaine de milliers de personnes, soit presque toute la population de la ville (cela va rendre les recherches difficiles). Assis derrière une longue table, une cinquantaine de prêtres situés au fond sur la grande estrade surveillent l'assemblée. Rien à craindre d'eux, ils ne me recherchent pas et ne demandent que le calme en cet endroit. Or comme chacun le sait, une arrestation fait toujours du bruit, cela gênera donc le BII, même si ce dernier n'a que faire de l'avis populaire.
Je regarde la foule, espérant repérer un signe, quelque chose de la part de ma famille. Rien. Au milieu des cliquetis, des sourires, de la félicité et de la bonne humeur de masse, il m'est pour l'instant impossible de la voir.
Autre fait inquiétant, aucun agent n'est visible. Aucune veste beige au milieu des accessoires du culte n'est présente. Quelqu'un court derrière moi. En serais-ce un ?
Non. Juste un retardataire courrant rattraper les siens, s'excusant, l'air surpris et apeuré. C'est vrai qu'avec ma course poursuite, je dois paraître assez effrayant. Ma chemise en partie déchiquetée, mon pantalon absolument dégoûtant de poussière et terre mêlées et pour finir les chaussures carbonisées. Je pourrais me faire passer pour un original, mais tout de même, ce n'est pas très discret.

Le plus silencieusement possible, Je vole une veste d'un gris anthracite. Voilà qui devrait être suffisant à dissimuler mes pauvres haillons. Tout de même, c'est le monde à l'envers : voilà que je vole alors que je suis sensé représenté l'ordre dans la vie courante. Mais il en va de ma survie…
Je parcours une à une les allées, regardant, observant. Aucune autre méthode n'est possible. Autours de moi règne l'intense activité du culte du BU avec les festivités correspondantes… Même si je suis né dedans, comme chacun en ce monde, tout cela se fait de plus en plus étranger pour moi.
Comment dire ? Contrairement aux autres je n'ai plus la joie d'utiliser le BU. Je commence à être différent. Cela ne m'empêche pas de respecter le BU bien sûr, mais je n'y crois plus.
Je ne crois plus que dépenser chaque années dans les jeux hasards me rendra heureux. Je ne pense plus que se sont les Grandes Entités qui décident de qui sera le vainqueur. Le jeu rend heureux. La convivialité à partager cette joie rend encore plus heureux. Pas de doute, ici pour la plupart des gens le BU est bien le Bonheur Universel, si on omet certains petits plaisirs personnels intimes… Et un monde heureux ne se rendra pas compte d'une domination par le BII ou les Grandes Entités…
Les jeux de hasard… Voilà leur BU à tous… Ils auront beau prétendre être des personnes très responsables, c'est leur faille. Mais si actionner le levier du bandit manchot, déposer les cartes de poker, insérer un crédit dans un flipper suffit à les faire oublier leur malheur, alors après tout le Bonheur Universel est une bonne chose. Mais mon BU à moi, c'est ma famille.


Soudain les cliquetis cessent, c'est le grand silence, chacun se tait. Qu'est ce qui se passe encore, est-ce le début du discours du grand prêtre du BU ou, et là c'est très ennuyeux, l'entrée d'agents du BII ? En fait, les deux solutions sont exactes. Alors que le grand prêtre s'avance sur l'estrade, portant le costume blanc traditionnel des béuïste, ainsi qu'une perle d'un rouge flamboyant accrochée autours de son cou (sans aucun doute un symbole de la délégation des Grandes Entités, honneur et crainte à leur égard, mais je ne suis pas théologiste), une dizaine de vestes beiges pénètrent très discrètement dans la salle. Le temps m'est compté.
Pendant que chacun dans cette salle écoute le discours de la Fête du BU prononcé par le prêtre, je me faufile, courrant presque. Mais où est-elle donc passée, ma si chère famille ??!! Je commence à paniquer. Allons, réfléchis…
" Bonsoir, chers mesdames et messieurs, mes damoiselles et jeunes garçons. Ce Soir, comme chaque année, nous sommes réunis en ce lieu saint afin de célébrer avec émerveillement le Bonheur Universel, symbole de la réussite des Grandes Entités Puissance Même de la Création (honneur et crainte à leurs égards) ainsi que de la joie de vivre en notre si bien-aimé monde… "
Mais bon sang ! Où est-elle ?!! Cela fait cent rangées que je parcours, bousculant parfois certaines personnes afin de regarder dans le moindre petit coin, et aucune trace de ma famille. Comble du malheur, les agents semblent être de plus en plus nombreux !
" …Oui ! Grâce aux Grandes Entités, nous vivons dans un monde d'insouciance, où chacun est heureux, trouvant sa joie en notre vertueux BU. Chacun de nous se voit partager un plaisir commun. Monde de paix, de loisirs, remercions les grandes Entités en partageant les festivités du BU. Mais ce soir une grande annonce doit vous être faite… "
J'ai parcouru la quasi totalité des couloirs, regardé dans chaque coin, sondé les zones d'ombres et je n'ai toujours pas trouvé ma famille. Où peut-elle être donc ?! A t'elle été capturée par le BII ?!! Je n'ai aucun indice qui puisse me démontrer le contraire, et les agents se rapprochent petit à petit, flairant la proie. Je sens la peur qui remonte en moi. Mon estomac se contracte.


Récapitule vite. J'ai survolé toute la salle, et je n'ai rien vu (je suis venu, je ne l'ai pas vue et je l'ai perdue). J'ai regardé partout, sauf sur… Non, c'est impossible… mais si bien sûr !!!...
" …Chaque année, nous invoquons les Grandes Entités (honneur et crainte à leurs égards) afin de conjurer le mal en ces lieux sacrés. Une fois par siècle elles répondent à notre appel. Cela fait maintenant cent ans depuis la dernière manifestation de leurs pouvoirs sans limites. Oui, vous l'avez enfin compris, cette année sera l'année de joie, de bonheur et d'équilibre avant que ne réapparaisse un nouveau mal… "
Je ne prêtre nullement attention au monologue du grand prêtre. Elle est là… Je l'ai enfin trouvée ! Il n'empêche, quel culot, aller se cacher dans l'assemblée des prêtres. Là, au centre de l'estrade, je les vois, absolument silencieux et angéliques, mes enfants, ma femme. Aussi calmes que des images. Je devrais en faire autant parfois.
Cependant, je trouve très étrange qu'ils aient pris tant de soins à se dissimuler. Après tout ils ne sont pas au courant que le BII les recherchent sans relâche.
" …Un nouveau mal, comme le fut le BII…"
Ai-je bien entendu ce qu'a dit le prêtre béuïste ou est-ce la fatigue entraînant la confusion dans mon esprit ? Ha… un peu de repos me ferait du bien. Je suis surmené. Je ne suis pas fais pour ces aventures là, moi qui aime bien la tranquillité. La paix d'un après midi passé dans mon vieux fauteuil de cuir à collectionner les timbres…
" …Oui, vous avez parfaitement entendu ! Après un siècle de domination sans relâche, aujourd'hui sera la journée de l'annihilation du Bureau des Investissements Inquisitionnels… "
A priori, j'ai très bien entendu. Et ces quelques mots font du remous parmis les agents dont certains semblent m'avoir repéré. Profitons de la confusion pour rejoindre ma famille, même si cela ne sera pas très discret. Après tout ce que j'ai vécu, je peux bien prendre quelques risques…


Jouant le tout pour le tout, je grimpe sur l'estrade, juste avant que deux agents me sautent dessus. Et là, scène que je croyais inespérée, je vais vers ma famille, un grand sourire illuminant mon visage.
" En effet le BII a été instauré dans le but de préserver l'équilibre du BU. Mais cet équilibre a été rompu, et il faut le rétablir… "
Certains religieux s'indignent de ma présence parmis leur assemblée mais le grand prêtre ne semble absolument pas s'en préoccuper, impassible, trop occupé dans son monologue.
- Monsieur, comment pouvez-vous osez pénétrer dans notre saint conseil, s'exclame un des béuïste.
- Sincèrement désolé. Je désire simplement sauver ma famille du BII et récupérer neufs billes.
- …
- Cela serait trop long à vous expliquer.
Je comprends ce pauvre prêtre (assez âgé en plus) voyant débarquer un homme d'on ne sait où recherché par tout le BII, ce dernier étant en plus critiqué par le grand prêtre. Dans ce déchaînement d'illogisme (en gros une belle pagaille dont moi-même je n'en saisi pas la moindre bribe), il ne peut que paniquer et rester bouche bée. C'est d'ailleurs ce qui arrive aux milliers de personnes présentent dans la salle. Je me souviens d'ailleurs des paroles de mon agent interrogateur : la peur est la petite mort qui mène à l'oblitération totale. Mais la peur ne fait-elle pas partie de la nature humaine ?
- Papa, à quoi tu penses ?
Je regarde, amusé, mon plus jeune fils m'ayant posé cette question.
- Ho, à rien. Ton frère a toujours ses billes ?
- Non, il les a donné à maman.
- Va lui donner cette bille.
- D'accord. Tu sais, elle est super, maman, c'est une…
- Je sais, je sais. Allez va.
Je préfère voir les billes entre les mains de ma femme. C'est moi que le BII recherche en priorité. J'essaye de lui dire d'aller se mettre en sécurité, mais elle ne m'entend pas du fait de la cohue.
Soudain, d'énormes projecteurs éblouissants sont braqués sur la scène, tel au théâtre. Un peu étourdi, j'entends alors au milieu des cris et des pleurs une voix :
" Mesdames et messieurs, je vous demanderai de garder votre calme. Nous désirons seulement arrêter plusieurs individus présents sur la sainte estrade du BU. "
Assez paradoxalement cela ne fait qu'aggraver la situation, puisque tout le monde veut évacuer la salle au même moment que les agents rentrent en grand nombre. Panique totale qui, bizarrement, succèdera rapidement au calme. Et la voix reprend :
" Je demande au grand prêtre et à la personne ayant en sa possession de petits artefacts ronds de se rendre aux agents du BII ici présents. Il en va de l'ordre et de la sécurité du bonheur de leurs concitoyens, universel ou pas. De plus, vous, grand prêtre, nous vous demandons de ne plus faire allusion de cette manière au Bureau des Investissements Inquisitionnels. Si vous respectez notre demande, vous serez relâché dans l'immédiat. Il en va de votre liberté d'agir. "


La foule est repoussée dans la salle et de nombreuses troupes du BII pénètrent. Je commence à m'habituer de ne plus avoir d'issus. L'estrade s'évacue rapidement, les béuïstes craignant d'être touchés par des balles perdues. Me voilà donc à découvert, seul avec le grand prêtre et… ma femme !!! Pourquoi n'a-t-elle pas évacué avec les enfants !!! Le grand prêtre reprend la parole d'une vois encore plus forte, plus puissante.
" Sachez qu'il ne me plaît guère d'accéder à votre requête. Mais qu'oseriez-vous donc contre le Bonheur Universel, et quel est le crime de ce pauvre couple ? "
Fascinant, ce combat verbal.
Ma femme me fait signe de ne pas s'inquiéter et d'aller me cacher. Non mais pour qui me prend-elle ?!! Un froussard ?!! Après tout ce que j'ai vécu ! L'agent du BII reprend la parole dans son énorme haut-parleur.
" Il ne s'agit pas de mettre en danger le BU ou tout autre institution, mais bien d'arrêter vos trois personnes. Rendez-vous, vous êtes cernés, ce combat est perdu d'avance. Nous sommes bien plus nombreux et plus armés que vous "
Mais que fait-elle ?!! Elle donne les billes au prêtre ! Se fout-elle de moi ? Aurai-je fait tout ça pour rien ?! Et celui-ci serait aussi mêlé aussi à cette affaire… décidément, je ne comprends plus rien. Ailleurs c'est toujours la pagaille. Le béuïste recommence à parler. Peut-être dans le fond les billes sont-elle plus en sécurité avec lui.
" Voyez chers agents, voyez ces billes bleus, vous les cherchiez, n'est-ce pas ? Mais pourquoi vouloir à tout pris quelques billes servant de jeux ? En fait, vous le savez, ce ne sont pas des billes, mais bien autre chose, cependant vous ne pouvez vous en servir car il vous manque cela !! "
Il arrache le collier portant sa perle rouge. D'en d'autre circonstance je penserais qu'il tente de nous duper mais la détermination du BII à vouloir les récupérer me porte à croire qu'au contraire il dit la vérité… ce qui en soit est aussi inquiétant que la première version.
- Désormais je dispose d'objets très puissants qui risquent de m'être utiles. Alors je vous demande maintenant de cesser ce cinéma stupide et de laisser en paix nos trois personnes.
- Arrêtez de buffler. Des billes ne peuvent en aucun cas constituer des armes aussi efficaces que celles que nous possédons, nous le BII. AU NOM DES GRANDES ENTITE TOUTES PUISSANTES, JE VOUS SOMME DE VOUS TAIRE, OU NOUS SERONS FORCER D'INTERVENIR VIOLEMMENT !!
- Comment osez vous intervenir au nom des Grandes Entités, puisque JE SUIS UNE GRANDE ENTITE !!
… je suis interloqué, bouche bée, horrifié, soulagé, terrorisé et sceptique après cette déclaration. S'il dit faut, alors chacun en cette salle se jettera sur lui et le déchiquettera pour son insulte. Et s'il dit vrai, alors là… Elle-même seule, puisque ce serait une Grande Entité, saura ce qui se passera ensuite.
" BLASPHEME !!! TUEZ IMMEDIATEMENT CES HERETIQUES !!! "
La réaction de l'agent du BII ne se fait pas attendre, tuez ce type, et si c'est une entité qui meurt, alors le BII pourra régner en confiance sur le monde… Et soudain ce même agent qui parlait s'effondre derrière son haut-parleur. Quelqu'un s'avance à côté. Cette personne se met à parler, et sa voix m'est étrangement familière…
" Laissez cet imbécile d'adjoint au Bureau des Investissements Inquisitionnels et n'obéissez plus à son ordre. Dans son ânerie il a mérité sa mort, car il a osé insulter une Grande Entité Puissance Même de la Création. "


Mais je reconnais cet homme : il n'est autre que mon interrogateur de tout à l'heure, lorsque le BII a investi ma cuisine blanche comme le nacre et qui, à l'heure qu'il est, doit être souillée… Traumatisant moment de ma vie. Sale andouille, tu va payer pour m'avoir humilier !! Et voilà qu'il se remet à parler…
" Et oui, vous avez devant vous sur l'estrade une Entité, oh ! Mais je devrais même plutôt dire deux Entités… "
Mais pour qui me prend-il ??!! Ce n'est pas parce que j'ai réussi à leur échapper que j'ai les pouvoirs surhumains d'une Grande Entité !! Remarque, d'un autre côté, je peux en tirer mon épingle du jeu…
" Peut-être croyez-vous que je vous mens. Détrompez-vous, mes affirmations sont correctes, je peux vous le certifier, puisque je suis moi-même une Entité !!! Haha, craignez la puissance toute suprême et son châtiment !!! "
Autant pour la plupart des gens ce petit discours semble avoir de l'effet (tous se mettent à genoux, y compris les agents), autant pour moi il lui enlève toute crédibilité. Trop c'est trop : tout le monde ne peut pas être une Grande Entité ! Et pourquoi donc ma femme n'en serait pas une aussi dans ce cas ?!…

" IL SUFFIT !!! ARRÊTE TOUT DE SUITE DE TERRORISER CES PAUVRES GENS !!! "
A ma plus grande surprise elle s'avance sur l'estrade, autoritaire, un air impérieux sculpté sur son visage d'ange. Je ne l'avais jamais vu ni imaginée ainsi.
De plus bel mon ex-interrogateur rétorque :
" Enfin ! Enfin, tu sorts de l'anonymat. Cela fait treize années maintenant que tu vis en ce monde, toi, la Première Entité. Crois- tu que je les terrorise plus que toi maintenant qu'ils savent que tu es une Grande Entité ? Regarde ton fainéant de pseudo mari, il en est malade, ha, ha, ha !! "
Je crois que je vais mal. Je voudrais bien aller me coucher pour me réveiller et me dire que tout cela n'est qu'un rêve stupide… Il est indubitable que soit je suis fou, soit ce type est fou, soit ce monde est fou, ou les trois, mais alors là… C'en est insupportable. Je l'ai dis, tout le monde est une Grande Entité. Exténué je m'assois et divague… pendant un moment qui me parait infiniment long. La tête tombant sur l'épaule gauche, j'observe la scène, indifférent, largué… Mon interrogateur mystificateur se remet à parler, pauvre crétin…
" Bon… Je crois que le temps des plaisanteries est passé. Venons au choses sérieuses : nous sommes tous les trois réunis là, les trois Entités Puissantes de cet univers. Ah… Cela faisait longtemps n'est-ce pas, en fait je crois bien que cela remonte à la création des billes. Ce bon vieux temps… Mais il semblerait qu'entre temps ma personne vous soit devenue indésirable… Tout cela parce que j'ai voulu m'allier avec un pouvoir bien supérieur au notre…
- Tu ne connais rien au véritable pouvoir, s'exclame le grand prêtre.
- Oh que si… Et une fois que tu m'auras donné les billes, je serai le maître de tous les univers, sauf le votre bien entendu, que je vous laisserai en raison d'une compassion fort ancienne pour vous.
- Des forces se dresseront contre toi !! S'indigne mon épouse-Entité.
- Peut-être, mais je les terrasserai comme je vais vous terrasser !
- Mais tu n'as pas les billes, dit le grand prêtre en agitant sa perle rouge.
- Et vous, vous n'avez plus ce que vous étiez venu chercher.
Tout les trois tournent leur regard vers moi. Moi qui, relevé, suis à deux doigts d'être égorgé par une demi-douzaine d'agents.
Deux d'entre eux se font immédiatement paralysés par ma femme et le grand prêtre. Mais mon ex-interrogateur se téléporte aussi tôt près de moi si bien que je ne peux m'échapper.
Cette petite démonstration de pouvoirs surnaturels me porte à croire qu'ils sont réellement des Entités. Bah… Même si j'essaye de comprendre, cela m'échappe. Tout ce qui m'importe dans ma vie, c'est que ma famille survive. Cependant, comme si cela n'était déjà pas assez compliqué, j'apprends que ma femme est une Entité (nb de l'auteur : tien, ça ferait un bon titre de nouvelle ça). Voilà qui change totalement la donne.
Mon ex-interrogateur recommence à parler (il est trop bavard celui là) :
- Sa vie ou les billes, à vous de choisir. De quelle manière arriverez vous le plus facilement à me battre ? Et quels sont vos sentiments pour lui, cet énergumène.
- Attention monsieur Je-prétends-être-une-Entité, je vais craquer, dis-je, sur le point d'exploser. Je craque. JE VEUX RESTER EN VIE, J'EN AI MARE DE TOUTES CES CONNERIES, FICHEZ MOI LA PAIX AVEC VOS STUPIDES BILLES ET VOTRE BII DESPOTIQUE !!! JE VEUX VIVRE, RESPIRER DE L'AIR, BOIRE DE L'EAU LIBREMENT, JE VEUX VIVRE, MÊME SI JE DOIS ME PASSER DU PLUS FANTASTIQUE DES POUVOIRS !!!
Poussé à bout, possédant tout à coup une énergie démesurée, je jette en arrière les deux agents qui me tiennent, et rejoins ma femme. L'ex-interrogateur (alias la troisième Entité), un peu offensé, dit alors très calmement : " et bien puisqu'il en est ainsi, autorisez l'attaque ; et toi, le mari, tu vas être confronté au destin inéluctable de chaque homme, l'irréversible fatalité que seules les Entités contrôlent et évitent, la mort. " Puis il disparaît en un éclair. Je ne me leurre pas sur son compte : il reviendra…
Toujours est-il que nous voilà, nous, le petit groupe de trois, confrontés à une vague d'agents vociférant. Dans un déchaînement de cruauté, d'éclairs, de cris et de confusion, ils se lancent à l'assaut de l'estrade. C'est étrange, mais aucun tir ne semble nous atteindre. Esquivant un maximum d'agressions d'agents, je regarde prestement le grand prêtre réunissant les billes. Que prépare t'il ?
Soudain je vois une dizaine de billes sifflant dans l'air à une vitesse inestimable, percutant et transperçant les agents. D'autres se font foudroyés sur le champ par on ne sait quelle force étrange. Face aux deux Entités présentes sur l'estrade, je fais bien piètre figure avec mes coups de pieds et poings. De quoi me donner le cafard.
La victoire nous semble acquise bien qu'un flot d'agents continue sans arrêt à déferler. Néanmoins je trouve cela trop facile…
Brusquement ma femme s'effondre.
" NON ! " Crie-je. Et ce moment de distraction suffit aux agents pour m'encercler. Encore coincé. Puis je vois une lumière grandissante. Planant à quelques mètres dans les airs, émettant une lumière éblouissante, la troisième Grande Entité est de retour.
- Echec et mat, mon cher. Tu te demandes comment ai-je pu faire cela ? Rassure toi, elle n'est qu'évanouie…
- Ce n'est pas toi qui as fait cela, tu n'en as pas le pouvoir ! réplique le grand prêtre.
- Peut importe…


A ce moment là se fait entendre une énorme détonation. Une ligne foudroyante aveuglante traverse la salle pendant quelques dixièmes de secondes, allant du béuiste à la troisième Grande Entité. Mes yeux se remettant de cet éblouissement, je découvre que cette dernière a capturée la bille écarlate.
- Merci pour ce joli cadeau.
- Ho… de rien, même si je persiste à croire que tu n'y es pour rien dans tous ces jolis tours de prestidigitation qui arrivent ici.
- Tss tss tss… Qu'il est vexatif… Tu ne tolèreras jamais que je sois aussi puissant que toi, sinon plus…
- En tout les cas, je suis plus malin que toi.


Sans prévenir, une poutre tombe du plafond pour venir s'écraser sur la troisième Entité. Dans un bruit sourd de froissement de tôles le toit s'affaisse. C'est un véritable déluge de débris qui s'abat sur nous.
Dans un capharnaüm épouvantable j'entrevoie des billes chutant du plafond. Vraiment très puissant…
Il se pourrait bien que cela soit ma dernière pensée car, relevant la tête, je vois parmis les flammes un luminaire venir s'écraser droit sur moi. Je ferme les yeux, attendant ma mort certaine pendant quelques secondes qui me paraissent suffisamment longues pour revoir mon parcours qui m'a amené là. Dommage, je ne saurai jamais le pourquoi de cette histoire.
Et c'est le choc. Une douleur violente à la nuque, puis…


Ici il pourrait y avoir une triste fin où le héros meurt (ho ! sadique narrateur…).
Cela ferait bien dans le tableau : une fin inéluctable ne pouvant parer la fatalité de la mortalité, des évènements illogiques partant d'une cause qui nous doit rester inconnue et allant vers une multitude de conséquence que l'on ne pourra que subir.
Mais n'en déplaise aux personnes recherchant un maximum de drames, de tragédies montrant l'impuissance de l'homme face à la destinée, je pense que la vie recèle aussi de véritables petits miracles, surtout lorsque se trouve à quelques mètres du héros plusieurs Grandes Entités Puissance Même de la Création. L'aventure continue donc…


Brouillard nocturne… Qu'est-ce qui m'est encore arrivé ? J'ai l'impression d'avoir une sacrée gueule de bois. Quelle fête m'a mis dans cet état là ? La vache… Attends un peu. Ah oui… Je commence à me remémorer les évènements…
J'étais dans le temple du BU, poursuivi par le BII et cherchant des billes ainsi que ma famille, lorsque les trois Entités sont apparues et ont tout cassé. Je me suis retrouvé coincé sous des débris et je me suis évanoui.
Et malgré cela je suis encore vivant, sauf si il y a une vie après la mort…
D'ailleurs où suis-je maintenant ? Ce lieu ne ressemble en rien à ce que j'ai déjà vu !
Perdu, mon regard se heurte à ce nouveau décor. Une pièce blanche, plus blanche même que ma cuisine, au milieu d'un vide immensément noir parsemé de petites lumières. Sur la grande baie me séparant de ce grand vide infini semblent suspendus trois symboles. Un cercle écarlate, un triangle émeraude et une croix mauve. Trois symboles sur fond étoilé. Je suis au beau milieu du firmament, peut-être au milieu de mes rêves. Je me relève et aperçoit un fauteuil de cuir. Je m'installe dedans. A quel détail près c'est exactement le même que mon préféré dans mon bureau. Troublant…
Soudain derrière moi j'entends une voix :
" Echec et mat. " Cette voix je la connais.
Lentement je me retourne, toujours assis dans le fauteuil. En fait je me demande si ce n'est pas le fauteuil lui-même qui s'est retourné sans que je ne fasse quelque chose pour. En face, une table. Sur la table, un jeu d'échec. Autours de la table, deux personnes. L'un est un homme, l'autre une femme. Ces deux personnes, je les connais. L'un est le prêtre et l'autre est ma femme.
" Bienvenu dans la demeure éternelle des Entités, monsieur Pignon. "


J'en ai mal à la tête de leurs maudites histoires d'Entités, de billes toutes puissantes et de BII sournois… Quelqu'un pourra t'il m'expliquer à la fin la cause de tout cela pour qu'au moins je comprenne.
- Je sais ce que vous ressentez. Vous êtes frustré. Frustré du fait de ne vous être pas sorti de cette stupide aventure. Frustré de ne pouvoir apporter des réponses à vos questions. Et comme tout problème exige solution, je vais vous donner la clé du mystère…
- Avant de vous lancer dans un récit censé me donner les réponses, qui êtes vous pour me parler ainsi en osant prononcer mon nom, ce qui va à l'encontre de la bienséance, et comment vont mes enfants? Que faites vous avec ma femme ? Demande-je, inquiet.
- Certains secrets sont faits pour rester secrets concernant ma réelle identité, mais il m'est obligatoire de vous préciser que je suis la Seconde Entité. Tenez bien compte de tout ce que ce terme implique… Vos enfants sont en sécurité, ne vous en fait pas. N'oubliez pas qu'ils sont aussi les enfants de l'Entité Première, qui fut un temps votre compagne.
- Qu'est-ce que c'est que ce cirque ? Chérie, dis-lui d'arrêter tout de suite cette comédie. Tu peux bien être une Entité, tu m'aimes toujours, n'est-ce pas ? Hein ? Pupuce ?
- S'il vous plaît, monsieur. Ceci est un entretient officiel au sein du conseil suprême des Entités, bien que vous puissiez constater l'absence de l'Entité n°3. Alors évitez de nous faire part de vos débiles surnoms sentimentaux. N'ayez crainte, nous en reparlerons plus tard, lorsque déjà vous en saurez plus sur les raisons de votre venue ici. Veuillez pardonner l'autre Entité, elle aime rendre mystérieux les choses qui ne le sont pas…


Paroles admirables pleines de sagesses me dira t'on. Abominables plutôt ! Comment peut-elle me dire une chose pareille ?!! Moi qui aie risqué ma vie pour elle, mon amour de toujours, nier à ce point qu'elle fut un jour ma femme passionnée ! Elle a beau être une Entité, elle me doit des explications !


Amusée, elle reprend :
" Je précise que le fait d'être des Entités développe en nous certaines facultés, par exemple psychologiques. En l'occurrence, je peux lire certaines de vos pensées… "
Je suis abasourdie. Je fais le jeu de Grandes Entités, voilà tout. En fait, je commence à croire que l'univers n'est pour elles qu'un terrain de jeu. La seconde Entité poursuit son monologue :
" Nous nous sommes donné beaucoup de mal afin de vous amener ici, vous savez. Alors ne vous méprenez pas sur nos intentions… certains de nos actes peuvent vous paraître décalés mais sachez que nous travaillons à ce que l'univers conserve un parfait équilibre sans débordement.
- Voilà qui est bien parlé, répondis-je, sarcastique.


Même si je me doute que cela est un vain effort, je tente de cacher désespérément les diverses émotions qui me submergent par de la moquerie. Je n'en peux plus… Et l'autre qui me traite comme un gamin…
- Je vous en pris. Je ne vous veux aucun mal, reprend-il. Je déplore tous les malheurs qui vous sont arrivé mais il n'empêche pas moins que vous devez rester respectueux.
Bien, commençons par le commencement. Que sont les billes ?
- D'après l'aventure que j'ai vécue, laquelle a d'ailleurs failli me tuer à plusieurs reprises, je dirai que c'est une formidable arme qui ne peut être maîtrisée par la seule Entité possédant la clef, la onzième bille. J'ai bon ?
- Pas tout à fait, car ceci n'est en soi qu'un moyen d'utiliser les billes. Oui, elles sont bien plus que cela. Avez-vous déjà réfléchi sur ce qu'elles contenaient ?
- A vrai dire je n'en ai guère eu le temps. Voyez vous, lorsque vous êtes poursuivis par une foule d'agents et que vous essayez de comprendre ce qu'ils vous veulent exactement, ce dont je ne connais toujours pas la réponse au passage, vous ne prenez pas le temps d'observer les moindres petits détails.
- Vous devriez. Tout comme vous devriez contenir votre colère. Hélas, je vous pardonne. Il est vrai que vous avez été ''gâté'' par les plans de la troisième entité. Plus sérieusement, n'avez-vous donc pas une petite idée ?
- Eh bien…
- Regardez autours de vous. Que voyez vous ?
- Des Entités, un jeu d'échec, un vaisseau spatial, une salle lumineuse et… L'univers…
- Précisément. Les billes sont des univers. Des milliers de mondes, qui sait des milliards. Imaginez ce que vous pouvez faire avec ! Une source sans limite d'énergie, de mondes à dominer, de gens à rendre heureux ! Une infinité d'Univers à conquérir ! De quoi soulever les pires convoitises parmis les plus sages et les plus puissants !
- Ce qui est d'ailleurs arrivé à la Troisième Entité.
- Exactement.
- Il veut leur énergie pour accroître son pouvoir et son terrain de… domination.
- En quelque sorte.
- Comment peut-on imaginer que la chose la plus puissante, raffinée bref la plus évoluée de l'univers puisse ressentir un besoin si… invraisemblable… pitoyable, basique, tout juste digne d'une humanité corrompue… Qu'est la volonté unique de gouverner chaque être en sa… Possession ?
- Son attitude, il est vrai, est répréhensible.
Soudainement gênée, l'Entité n°2 fait les cent pas, se grattant le menton.
- Ne vous méprenez pas tout de même. Nous agissons pour votre bien-être…
- Ca va, ça va, je connais déjà la chanson. Revenons plutôt à nos moutons. Tout d'abord comment peut-il voyager vers ces supposés univers ?
- Ces univers ne sont pas supposés…
Ton glacial… Je suis peut-être allé trop loin.
La seconde unité se rapproche de moi à grande enjambée. Je tente de me levé pour lui faire face mais je reste lié au fauteuil, serré par des lianes invisibles.
- Maintenant vous allez arrêter vos sous-entendus agaçants… Je n'aime pas cela… Et croyez-moi je suis désolé d'en venir à cette situation. Alors écoutez moi attentivement si vous ne voulez pas passer dans une situation plus inconfortable.
- Heu… d'acc…
Je sens mes lèvres se lier. Impossible d'ouvrir ma bouche.
- Cela n'est peut-être pas nécessaire.
La première Entité tente de calmer un peu le jeu.
Comment a-t-elle pu… ? Me faire ça à moi… Son amour de toujours…
- Bien…
Un grand sourire s'affiche sur le visage de la seconde Entité jusqu'alors impassible.
- Répondons à votre question. Nous, les Grandes Entités Puissance Même de la Création, pouvons, comme vous l'avez pu constater, nous téléporter. Cependant, une téléportation d'univers à univers demande une grande énergie, et cette énergie nous la tirons des… billes. " Billes ". Honnêtement je trouve qu'affubler ces joyaux de ce nom stupide est une parfaite ineptie, enfin bon. Dès lors vous devez vous demander pourquoi avant nous sacrifier une bille pour vous sauver, vous stupide minable, puisque maintenant la Troisième Entité à la capacité de réaliser son dessein.
Je ne puis qu'hocher la tête, impuissant. La Première Entité reste dans une passivité flegmatique agaçante. La Seconde reprend.
- Et oui… Malgré votre piètre allure et intelligence, vous êtes d'une valeur sans équivoque à nos yeux. Sans en avoir l'air, vous possédez de réels facultés comme une excellente résistance aux pouvoirs psychiques, lesquels avec le temps, l'entraînement et la stimulation nécessaires, seront parfaitement maîtrisés et dignes des notre. Comprenez bien : vous êtes notre nouvelle arme face à la Troisième Entité. Nous avons du même intervenir en personne pour vous tirer de ses griffes déjà présentes. Dieu seul sait ce qui se serait produit si elle vous avait capturé… Je sais, cela fait près de quinze ans que vous connaissez la Première Entité. Comment avons-nous pu comploter sur une telle période ? Mais le temps n'a pas de prise sur nous, les gardiens de la source de longévité éternelle, et quinze ans représentent si peu sur l'infini.
Même si mes lèvres ne seraient pas closes, je crois que je resterais bouche bée. Une arme ? Moi ? Mais ils sont tombés sur la tête ! Des pouvoirs ? Pourquoi moi ? Ce jeu est complètement stupide ! Et pourquoi a t'elle employé l'expression dieu seul sait puisqu'elle est elle-même dieu ? Mais la Seconde Entité ne semble pas percevoir mon agitation et poursuit :
- Mais ne passons pas par quatre chemins. Etre un peu pragmatique ne fait pas de mal. Très récemment nous avons découvert qu'une puissante force obscure, bien plus forte que nous, était à l'œuvre derrière l'insignifiante Troisième Entité. Voici donc votre réelle mission : découvrir cette… " Chose " qui se cache quelque part dans un autre univers et la détruire. Pourquoi ne le ferions pas nous-même ? Parce que nous n'avons pas votre discrétion… Non, je vous assure, je ne suis pas ironique. Contrairement à vous nos pouvoirs laisse une trace très visible pour qui le veut. La Troisième Entité vous a découvert grâce aux billes, nous aussi… Une dernière chose, si nous savons avec certitude l'ampleur de vos pouvoirs, leur origine nous est encore mystérieuse.
- Allez en paix maintenant, annonce la Première Entité.
Tu parles… Je suis libéré seulement sous caution. Et ce… cette… trahison ? Non, le terme ne convient pas et me fend le cœur. Oui, m'écœure. Je suis démoli.
Aussitôt que je me relève, je suis transporté dans une autre pièce par je ne sais quel artifice. Par magie pourrait on dire. Enfin, la magie du côté obscure peut-être…
Petite consolation, je retrouve mes enfants, mes adorables bouts de choux, jouant à quelques mètres devant moi. Je les serre et les resserre. Je ne peux m'empêcher de repenser à ma femme.
- Pourquoi tu pleures papa ?
- Ce n'est rien, ce sont des larmes de joie…


Après ces miraculeuses retrouvailles larmes pour moi inhabituelles, je me lève, observant l'imposant panorama s'offrant à moi.
L'univers dans toute sa splendeur. Je n'avais jamais pensé qu'il pouvait être si beau à contempler. Beau comme les billes. Je ne peux m'empêcher de sourire, les yeux piquant sans doute un peu rouges, en pensant au fait que mes fils ont joué avec des univers entiers, et que dans ces billes, aux tréfonds des étoiles admirables, se trouvent des mondes comparables au notre. Peut-être que nous aussi sommes nous une bille servant de jeu, d'arme et d'énergie à des Entités irresponsables et despotiques occupant leur temps infini. Et dire que nos dieux n'ont aucune idée de la valeur de la Vie. Pauvres crétins…
Et ces pouvoirs. J'aimerai bien les voir… Pourquoi moi plutôt qu'un autre ? Il me faudra découvrir cette raison, car je ne crois pas au hasard. Tout ce qui s'est produit pour le moment avait une cause bien précise : mes pouvoirs… A quoi sont-ils donc dus ?
Et cette puissance obscure. Une autre entité rivale, je pense. Je me contrefous de leur problème, qu'elles se débrouillent entre elles.
Mais que faire ? Je suis pris au piège, dans cette prison de verre et de spiritualité, et toute fuite semble impossible.
L'univers. Ou plutôt les univers. Sont-ils une infinité ? Même les Entité ne paraissent pas le savoir. Une variable, un jeu, une victime.
Je reçois une missive de la Première Entité me demandant de la rejoindre. Et elle retourne le couteau dans la plaie. Mais qui sait, peut-être enfin un véritable miracle, venant de la véritable lumière divine, se produira t'il...
Je suis renversé, perdu, dans cet univers monstrueux de par sa nature et émerveillant de par son apparence.


Note du narrateur inconnu : réfléchi bien lecteur ou lectrice. Demande toi si une Grande Entité ne s'amuse pas avec toi lorsque ton chat se fait écraser, demande toi si tu ne fais pas parti d'un univers existant sous forme de bille, si on ne te fais pas rouler sur du goudron en ce moment même, preuve de ta vie si futile au sein d'évènements si grandioses. Mais n'oublie pas qu'à tout moment tu peux vite être victime d'une aventure extraordinaire dont l'entendement te dépasse largement. Sur ce, adieu lecteur ou lectrice, et bonne chance, car tu en auras besoin…
Simple variable d'une équation aux complexités infinies…


Fin ou pas fin, telle est la question.

Te voilà sauvé, lecteur : c'est la fin du premier épisode. Est-ce qu'il y aura d'autres épisodes ? Seules les Entités le savent… Mais honnêtement je pense que non. Je pense que tu comprends pourquoi…
N'hésite pas à donner ton avis.


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Clément Désiles
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