Votrelecture

> Vous êtes ici : Accueil / Le Forum

Bienvenue Anonyme

Accueil ForumConnexion Inscription Membres

Discussions instantanées


[30/08/2008] 19:18 <Hari Seldon> oui moi
[23/08/2008] 11:54 <Luluuw> Quelqu'un a deja lu L'apprenti Epouventeur
[23/08/2008] 11:54 <Luluuw> Quelqu'un a deja lu L'apprenti Epouventeur
[18/07/2008] 23:45 <Clément> Bonjour à tous ! Si vous avez des idées pour reprendre le site en main, elles sont les bienvenues. Je n'ai plus le temps de m'en occuper actuellement... Je tâche de trouver une solution pour décembre 08 (fin de l'extension de mon hébergement). Je me forme en entreprise actuellement, il y a tout un panel de technologies qui peuvent contribuer à l'utilité du site... :)
[15/07/2008] 20:15 <requiem> bonjour à tous
[10/03/2008] 15:14 <Léo> Ave
[10/03/2008] 15:11 <Inconnu(e)> Salut a vous tous
[14/01/2008] 21:00 <Hari Seldon> PS : non ce site n'est pas mort, les modos veillent toujours dessus, alors n'hesitez pas a ecrire ;-)
[01/01/2008] 13:00 <Hari Seldon> Et puis bonne annee !
[25/12/2007] 21:19 <Hari Seldon> JOYEUX NOEL A TOUS !!!

Forums


Début   Forum des lecteurs   Forum   Créations   Sujet   [nouvelle] l'éveil d'Erwhann


AuteursMessages
Pseudonyme   Hari Seldon

http://www.votrelecture.info/images/AvatarSylv.gif
Status   Déconnecté(e)

Grade   Modérateur

Statistiques   13 sujets
65 messages
Date du message   29 Juin 2007 à 22h24
Un chtit début de nouvelle fait en quatres jours. Dites moi ce que vous en pensez :)

-- 
Salut et liberté
E-mail:h_severn_arobase_hotmail.fr   MSN Messenger: h_severn_arobase_hotmail.fr
Pseudonyme   Hari Seldon

http://www.votrelecture.info/images/AvatarSylv.gif
Status   Déconnecté(e)

Grade   Modérateur

Statistiques   13 sujets
65 messages
Date du message   29 Juin 2007 à 22h25
« En ces terres, la lande recouvre de nombreuses légendes, histoires anciennes presque oubliées, effacées par la modernité. »

Le vieil homme qui parlait à son jeune petit fils était assis sur une pierre de granite, près d'un dolmen couvert de mousse et de lichen roussi, à l'ombre de chênes bordant le champs. Le soleil déclinait dans le ciel, se rapprochant à grand pas de l’horizon en ces fins de journées si lourdes du mois de Septembre. Il faisait exceptionnellement beau. Les arbres commençaient à se teindre de pourpre et les feuilles formaient un parterre d'où ressortait la bonne odeur d'humus.

« Comme tu me l'as demandé, je vais te raconté une histoire, mon garçon, une histoire qui a débuté sur ces terres il y a bien longtemps, il y a bien des générations... »

L'enfant écoutait passionné, les histoires de son grand père étant tellement plus intéressantes que les films médiatiques à dix sous que l'on voit si souvent. Quand à la lecture, il abhorrait ça, hors de question d'en parler. Cela exaspérait en toute logique ses parents.Il aimait beaucoup aller avec son grand père. Ses histoires étaient tellement plus distrayantes. Celui-ci s'appuyait sur sa canne de bois, la barbe blanche foisonnante, le crâne chauve couvert d'un béret de toile marine. L’archétype du vieux paysan.Malgré l’arthrite, il se pencha vers son petit fils.

« Retiens bien l'histoire que je vais te raconter, pour que toi aussi tu puisse la transmettre à ta descendance quand plusieurs générations se seront écoulées... »L'aïeul reprit sa respiration et entama son récit.« Il y a bien longtemps, sur ces terres celtes...

-- 
Salut et liberté
E-mail:h_severn_arobase_hotmail.fr   MSN Messenger: h_severn_arobase_hotmail.fr
Pseudonyme   Hari Seldon

http://www.votrelecture.info/images/AvatarSylv.gif
Status   Déconnecté(e)

Grade   Modérateur

Statistiques   13 sujets
65 messages
Date du message   29 Juin 2007 à 22h26
Parmi la brume matinale, une de ces brumes où plus rien n’était visible au-delà de quelques enjambées, ténébreuse et sournoise, teinte d’humidité, roulait tirée péniblement par un baudet une vieille caravane branle ballante. Secoué de long en large, le père Jehan tentait avec maladresse d’éviter les nids de poules de la vielle piste. Le vieil homme paraissait fatigué par tous ces voyages, mais ses yeux cyans conservaient une vivacité au fond de son crâne nu qui imposait le respect auprès de ses pairs.

A côté de lui, assoupi, ou du moins cherchant à l’être, moi, Erwhann, jeune moine vivant depuis ma toute petite enfance dans l’ordre. On m’avait souvent décrit comme timide, je dois reconnaître que c’est vrai, les gens m’effrayaient. Je préférais l’observation de la nature, la contemplation, les rêvasseries…

Pendant que mon esprit se baladait dans les songes, le père Jehan repensait aux événements des semaines précédentes. Il s’y attendait, une convocation était arrivée un matin d’octobre l’administrant à la lourde tache civilisatrice de convertir une contrée païenne lointaine à notre foi si juste. Cette contrée, nous y étions parvenus un mois plus tard, dans cette fameuse brume, après un voyage assez serein bien qu’éreintant.

Il avait décidé d’emmener avec lui son novice, c'est-à-dire moi, dans sa mission pour pouvoir lui apprendre la réalité de la vie. Depuis que son ordre monacal m’avait recueilli, lui seul s’était chargé de mon éducation, m’apprenant à lire, écrire, à comprendre les sciences des anciens mais aussi à comprendre les paroles de l’envoyé de dieu. En ces périodes de trouble il était plus que nécessaire de préserver le savoir et la foi de toute la barbarie qui se déchaînait sur le monde.

A travers mes paupières entrouvertes, malgré les ballottements et la triste grisaille qui obscurcissait ma vue, je perçu quelques pauvres hères en guenilles travaillant tant bien que mal la lande, acheminant quelques moutons broutant la bruyère et le genet.

La brume vint à se dégager vers midi, alors que nous parvenions au seuil de notre hôte, le comte Guenael de Haute Roche. Celui-ci vivait près de la mer, à une centaine de pas d’une bourgade, sur un pic rocheux. La forteresse se dressait, un donjon solide face à la mer, des baraquements autours un peu désordonné, le tout entouré d’échafaudage : une solide muraille s’y construisait. Alors que nous voyions les artisans s’activer, amenant de lourdes pierres de granite harnachées sur des chariots précaires, nous arrivâmes devant la garde à laquelle nous dûmes présenter patte blanche.

Une fois que nous avions certifié notre identité, un étrange homme en bure noire nous reçut, se présentant comme le frère Bernard mandaté par la curie pour éliminer les troubles hérétiques parus dans la région.

- Que mon frère me pardonne, mais qu’entendez vous par ‘‘troubles hérétiques’’ ?
- Nous avons clairement affaire ici à des actes de sorcelleries, mon père, peut être même de satanisme.
- Satanisme ? Sorcellerie ? ce sont des accusations bien graves. Ma mission est d’ordre pacifique, civilisatrice, apporter la bonne croyance a ces pauvres hères. Je ne suis pas inquisiteur et n’ai pas l’habitude de présider des tribunaux dont la sentence peut être terrible…
- Je ne remets pas en cause votre rôle, mais tels sont les faits relevés.

Nous rentrâmes dans la salle de réception du donjon, où le Comte nous attendait.

- Nous aurons bien le temps d’en reparler mon père.
- Oui frère Bernard.

Le Comte était debout, en train de regarder un grand parchemin posé sur la grande table centrale de chêne. Il leva le regard vers nous et nous sourit.

- Ha, vous voila enfin. Quel plaisir de vous rencontrer, père Jehan. Et vous, vous êtes son novice je suppose ? Ne dites rien, toute aide dans cette mission que je me suis donné d’intégrer dignement mon fief dans la civilisation est bienvenue. Je regardais ici la carte de mon comté. Comme vous le voyez le travaille ne manque pas, entre la construction de ma place forte, l’instruction des autochtones mais aussi comme le frère Bernard vous la peut-être dit la chasse contre les sorcières et autres manipulations magiques – du diable oui – exercées. Mais je vous en prie, je suis affairé, prenez vos aise dans vos quartier, vous serez à coté de moi durant le dîner.
- Permettez moi d’être loger, comme le veulent les préceptes de mon ordre, dans la plus humble partie de votre demeure.

Le Comte parut surpris de la requête du père Jehan. Il n’était certainement pas habitué à ce qu’on lui demande de vivre hors de toute richesse, du confort excessif inhérent à la seigneurie, surtout provenant de membres du clergé. Mon ordre monacal déplorait les abus commis par certains hauts dignitaires religieux, les cardinaux bouffis de nourriture et de joyaux. Pourtant je dois reconnaître que chaque fois où m’avait été possible de prendre part au bonheur de la chair, à cette époque où j’étais novice, la tentation restait très dure à supporter.

- Qu’il en soit ainsi si vous le désirez. L’intendant va vous mener dans le baraquement destiné aux moines de passage.
- Je vous en remercie grandement.

Notre chambre – si je puis l’appeler ainsi – était meublée d’une table et de deux lits de paille. Le bâtiment, du côté océan, semblait vibré sous la force des déferlantes de vent. Par la petite lucarne on pouvait distinguer au delà de la lande la côte déchiquetée, les falaises abruptes sombrant dans l’eau grise tourbillonnante d’écume.

Pendant que je méditais sur le point de vue qui s’offrait à mes yeux par la minuscule ouverture, le père Jehan méditait sur sa mission. Il devait enseigner à ses païens, pourtant baptisés pour la plupart, la véritable foi. Il devait aussi préparer le terrain à un groupe de moine chargé de fonder une abbaye pour définitivement écraser l’ignorance qui recouvrait cette terre désolée. Je sentais que le poids des lourdes responsabilités qui lui était imposé le fatiguait énormément. J’étais même inquiet pour lui, peur d’être une difficulté de plus sur un parcours déjà bien compliqué.

Nous allâmes visiter la bourgade en milieu d’après midi. Celle-ci était essentiellement constituée de petites chaumières insalubres. Devant la place centrale dominait une église précaire de bois et de terre battue. La fumée éjectée de la forge et déviée par les vents violents recouvrait le village d’un brouillard épais et irrespirable. Je me demandais comment une telle misère était possible dans ces taudis amalgamés les uns à coté des autres.

- Bienvenu à Saint Kernouant.

Le père Bernard, entouré de deux gardes armés de hallebardes s’avançait vers nous dans sa robe noire.

- Il ne fait pas bon venir ici, mon père. Les pouilleux qui vivent ici ne sont pas tout à fait sûrs.
- Il me faut connaître les lieux pour l’évangéliser, mon frère.
- Oui. Il serait bon de construire enfin une paroisse digne de ce nom. Mais ces terres sont désolées et sans ressource. La tourbe imbibée d’eau ne permet pas une agriculture suffisante, tout juste de l’élevage.
- Et que comptez vous faire contre cela ?
- Comme vous pouvez le constater, le Comte a rassemblé à son service le maximum de badauds près de son château dans ce village. Il compte les obliger à pêcher et à irriguer ces terres mauvaises.
- Que de projets ambitieux, je vois là un moyen de baptiser de manière correcte une foule considérable. Mais qu’en est-il de l’intérieur des terres ? à l’abri du vent salé leur terre devrait être plus fertile, plus profitable à l’érection d’un monastère…

Frère Bernard garda un instant le silence, fermé. Puis il leva les yeux au ciel :

- Le ciel s’assombrit mon frère, en ce mois de Novembre les tempêtes sont nombreuses ici, et il va falloir nous abriter si nous ne voulons pas attraper un mauvais mal interne.
- Je vous suis frère Bernard.

Mon regard passa sur ces pauvres habitants. Nous étions là pour les sortir de cette misère, les amené à la richesse de la civilisation dont les cathédrales brillaient de milles feux sous leur vitraux si loin d’ici. Les enfants courraient dans des haillons, la crasse recouvrant leur visage. Les parents étaient dans la lande travaillant durement cette terre déshéritée. Quelques artisans chargés allaient et venaient, sans doute préoccupés par le chantier de la forteresse. Je remarquai une vieille dame qui se tenait dignement à l’entrée de sa chaumière, qui sous une chevelure blanchit par le temps, conservait un regard haut et déterminé. Elle devait être considérée comme sage parmi les siens.

Nous rentrâmes au château, puis sans autre histoire vint l’heure du souper. Nous étions conviés à la table de notre hôte. Des saltimbanques jouaient de la musique, chantaient les louanges d’un lointain et preux chevalier, Roland il me semble. On servit à table du civet de cerf et de faisan accompagnés de marrons et de choux.

- Et bien, pour une région si pauvre en culture vous semblez bien nourrit seigneur.
- Oui, nous allons parfois à la chasse dans les forêts intérieures, à quelques lieues d’ici.

Chacun se goinfrait à la table de ses mets que ne pouvais se permettre de rêver un simple serf. Frère Bernard ingurgita d’une manière qui m’impressionna toute une cuisse de faisan. Je me jetais, affamé par ces odeurs si délicieuses, sur le plat présent devant. Père Jehan me retint doucement par la manche.

- Erwhann, mon fils, ne te jette pas sur ces richesses d’une manière si malpropre, les plaisirs de la bonne chaire sont agréables, il est vrai, mais souviens toi que c’est Dieu qui te les donne par amour.
- Oui père Jehan. Pardonnez moi.

Le père Jehan se retourna, ne prenant à peine de quoi se nourrir, et répondit à la question du seigneur :

- Dites moi père Jehan, comment se nomme le jeune moine qui vous accompagne ?
Je restais plongé dans mon assiette, préférant les ignorer tout en sachant qu’ils m’observaient.
- Il se nomme Erwhann.
- Il ne semble pas très bavard ?
- Non, si je puis me permettre, votre seigneurie. C’est un garçon timide, notre monastère l’a recueilli voila plus de quinze ans alors qu’il n’était qu’un nourrisson.
- Sacrebleu ! l’avait on abandonné ?
- Il semblerait oui. Deux moines, alors qu’ils revenaient de la province du Maine, l’avaient trouvé dans une forêt, enroulé dans les draps avec pour seul lègue une médaille portant son nom, Erwhann.
- Bien étrange destin que le Seigneur Tout Puissant lui a tracé, mon père.
- Oui frère Bernard. Ainsi je lui sers de précepteur pour que son éducation face de lui un érudit.
- Comme vous, mon père. Mais dites moi, les forêts du Maine sont en bordure de ces zones déshéritées, inhospitalières et sauvage ?
- A plusieurs dizaines de lieu des grandes forêts de l’intérieur de ces terres, oui. Mais notre ordre ne s’y intéressait pas encore. Même si la civilisation semblait vouloir revenir sur ces terres désolées.

Le compte acquiesça. Père Jehan préféra revenir sur un autre sujet.

- Beau château que vous avez ici seigneur.
- Seul le Donjon est complet, le reste n’est que chantier. Il me faut bien me défendre. L’intérieur des terres est peu sûr.
- Le sol ingrat vous a au moins fourni le granite pour construire ces murs indestructibles.
- Oui. Mais il faut des mains pour construire une carrière. En attendant de pouvoir en disposer de vraies nous récupérons toute matière bonne à être utile.
- Comme ce qu’ils appellent les menhirs et dolmens, ces monolithes païens qui constituent un granite d’appoint parfait. Et il en reste encore suffisamment pour consolider les remparts du Comte.
- Mais frère Bernard, ne détruiriez vous pas un patrimoine ?
- Patrimoine ? – il parut s’esclaffer, la bouche pleine – Mais ce ne sont que de vulgaires pierres de dieux païens oubliés. De nos temps ils ne sont plus qu’utiles à construire des forts et la Maison de Dieu.

La conversation revenant à des sujets techniques de civilisation du comté, je m’en désintéressai pour déguster l’ambiance de la salle, les saltimbanques jouant à présent un étrange instrument qu’ils disent d’origine celte avec un sac et une flûte au bout. Le son était étrange mais ensorcelant, contenant un charme indéniable.

D’autre part si j’évitais la gourmandise sur les plats, je ne pu m’empêcher de boire plusieurs verres de cervoise. De toute manière l’attention du père Jehan fut requise par des conversations avec les autres convives. La tête m’en tourna à la fin. Je du aller me coucher, m’excusant poliment auprès de ceux attabler, prétextant la fatigue du voyage.

La pluie tombait dehors en cordes. Je rejoignais alors rapidement ma loge pour sombrer dans un profond sommeil.

-- 
Salut et liberté
E-mail:h_severn_arobase_hotmail.fr   MSN Messenger: h_severn_arobase_hotmail.fr
Pseudonyme   Hari Seldon

http://www.votrelecture.info/images/AvatarSylv.gif
Status   Déconnecté(e)

Grade   Modérateur

Statistiques   13 sujets
65 messages
Date du message   29 Juin 2007 à 22h26
Une violente bourrasque me tira, encore brumeux, sans doute sous l’effet prolongé de l’alcool, de mes rêves pourtant si paisibles. Le bouquant du vent était infernal. Le bâtiment paraissait tanguer sous les à-coups. Père Jehan ronflait paisiblement, indifférent au dérangement climatique. Intérieurement je savais que je ne pourrais me rendormir avant l’aube. Je regardais par la lucarne le paysage nocturne qui s’offrait à ma vue.

La pluie avait cessée, le ciel se déchiquetait pour laisser paraître les rayons de la pleine Lune. C’était une scène étrange, figée dans le temps, indescriptible, de jeux d’ombres sur les falaises, de la lande tourmentée par les éléments, un paysage si clair pour une telle tempête…

Bizarrement, je remarquais une lumière blanche au milieu de la lande, dansant dans la nuit, la bruyère passant de cesse entre l’obscurité et une pâleur maladive.

Je ne pu résister à l’envie de descendre voir, peut être encore influencé par les essences de cervoise coulant dans mon corps.

L’humidité imbibait mes pieds en sandalettes, j’essayais de ne pas tomber, la jambe coincée dans la tourbe cachée par la végétation, marchant du mieux que je pouvais sur les pierres de granite. Je failli glisser en dérapant sur de la mousse, mais une bourrasque me permis de rétablir mon équilibre. Ma robe de bure n’était pas pratique pour une telle marche.

Je parvins à me rapprocher de la lumière pour distinguer les ombres qui bougeaient.

Je fus un instant paralysé par ce que je voyais, avant que le réflexe de m’allonger sur les ajoncs et la bruyère me paraisse bon.

Au centre, sur une dalle de granite, dansait une jeune femme habillée d’une robe blanche dansait étrangement, avec légèreté et grâce. Ses pieds semblaient décoller du sol, et sa robe flottait dans le vent, comme sa longue chevelure blonde et soyeuse. Elle tournoyait et retournoyait dans le vide a en donner le vertige.

Autours d’elle, dans une musique légère faite de flûtes et de tambourins, tournaient en cercle de drôles de petits personnages tenant des lanternes, chantant une mélodie dans une langue chargée d’âge aux sonorités envoûtantes. Je lisais sur leur visage au long nez crochu une gaîté de vivre. Ils étaient habillés de vert et de rouge, ressemblaient vaguement à des hommes normaux en plus petit. Et leur litanie tournoyait toujours et toujours sous les rayons argentés de la Lune…

Soudain la jeune femme dont la beauté illuminait la lande endormie dans la nuit s’arrêta. Les chants cessèrent. Un éclaire déchira le ciel, et je su en cet instant qu’ils m’avaient vu, la lande soudainement illuminée comme en plein jour pour retomber dans l’obscurité.

Elle s’avança vers moi, indifférente du terrain accidenté. Elle. Je n’étais qu’un pauvre moine novice à cette époque, je n’avais quasiment jamais côtoyé de femme. Certains moines racontaient que c’était la faute aux femmes si nous avions perdu l’Eden, le paradis terrestre, qu’elles étaient vectrices de tentations, de diableries. Naïf que j’étais, cela m’effrayait.

Je tentai de fuir. Mais dans ma précipitation, en me retournant je me prit dans ma bure pour me ramasser de tout mon long sur la bruyère. Un autre éclair zébra le ciel derrière la masse obscure du donjon. J’étais piégé, paralysé par la peur, par cette diablerie au cœur de la nuit.

Des petites mains me soulevèrent, me relevèrent pour me mettre face à cette femme. Complètement perdu je me retrouvais au milieu de la petite assemblée, sur la dalle de pierre. J’entendis derrière les bourrasques de vents le cri de déchirement du ciel, et la pluie commença à tomber.

En même temps que je sentais perler sur ma tête les premières gouttes annonciatrices, la jeune femme en tunique blanche me sourit et m’entraîna en me prenant par les bras dans une danse folle. Et la litanie, malgré le déchaînement du temps, reprit en cœur autours de nous. Je ne voyais plus la lande, je tournoyais au dessus du sol, elle qui me souriait, moi grimaçant d’effrois. Et les tambourins jouaient, les flûtes sifflaient, elle qui m’illuminait presque d’une chaleur rassurante.

La pluie me trempait, mes yeux papillonnaient sous le poids des cils chargés d’eau. Je distinguais ses pieds nus qui glissaient sur le granite. Et les cordes imbibaient sa robe immaculée qui lui collait à sa peau. Nous n’étions plus qu’un au bord de la falaise, hors du temps, de l’orage, de la réalité.

Elle était d’une beauté rare et dans la folie de ma tourmente j’aurais pu croire qu’elle fut de cristal. Sa grâce m’entraînait au dessus du sol, ses cheveux effleurant doucement mon visage humide. J’étais comme dans un songe irréel, je devinais ses formes féminines sous sa toile si pure. Et je vis son visage…

Deux yeux perçants, dans lequel je me perdis. Jusqu’à ce que je réalise que nous étions au bord du gouffre, les vagues résonnant sourdement, le fracas des lames brisant la roche déchiquetée par l’océan. Ma tête résonnait d’émotions. Cette danse sur la corniche m’enchantais et me terrifiait.

Sous la pluie battante, le vent battant furieusement ces terres traumatisées, je m’abandonnais, mon âme à la dérive, aux sensations qui m’imprégnaient.

« Qui es tu pour être si belle ? »

Je parvenais tout juste à articuler. A demi conscient des évènements, je ne pris pas conscience tout de suite du changement de son expression. C’est à la lueur d’un éclair qui tomba près du donjon que je vis ses traits se durcirent, ses yeux s’assombrir. Elle me tenait au bord de la corniche, mes pieds dans le vide, des puits noirs pour yeux, des serpents pour cheveux. Je pris alors conscience que j’allais mourir, que j’allais me fracasser les os sur les rochers, précipité par la muraille de pierre formée par les vagues.

« Fou, rejoins les tiens ou sombre dans l’oublie. »

Et elle me lâcha. Je basculais dans le vide, la voyant elle, au centre, à la fois si lumineuse et si ténébreuse, puis autours le ciel contorsionné par la tempête, la Lune perçant étrangement, sa lueur maléfique sur mes dernières visions de ce monde.

Avant le choc sourd…

-- 
Salut et liberté
E-mail:h_severn_arobase_hotmail.fr   MSN Messenger: h_severn_arobase_hotmail.fr
Pseudonyme   Hari Seldon

http://www.votrelecture.info/images/AvatarSylv.gif
Status   Déconnecté(e)

Grade   Modérateur

Statistiques   13 sujets
65 messages
Date du message   29 Juin 2007 à 22h26
Les lueurs du soleil percèrent et me réveillèrent. Je peinai à me lever, une douleur atroce à la nuque. Les restes de cervoise pensais-je à la fois amusé et contrit. Quel panorama impressionnant que ce paysage sous un ciel d’azur flamboyant. La lande paraissait animée d’une vie nouvelle. J’essayais de me rappeler de la veille mais mon mal de crâne m’en empêcha. Père Jehan s’en aperçu et préféra se taire, souriant intérieurement en repensant aux débordements de sa jeunesse.

Soudain nous entendîmes des voix et des bruits d’agitation à l’extérieur. Nous descendîmes pour voir frère Bernard à la tête d’une cohorte de soldats du Comte. Quelques badauds tournaient autours en ne cessant de répéter :

« Ce sont des sorcières ! »
« Pénitenziare ! »
« Sorcière, il faut brûler la sorcière diabolique ! »

Père Jehan se dirigea vers frère Bernard, le visage assombri.

- Vous remplissez votre rôle d’inquisiteur mon frère ?
- Je ne fais que défendre la foi mon père, et défendre ces pauvres hères du mal qui cherche à les tenter et les enchaîner en enfer.
- La violence n’est pas un bon moyen pour cela.
- Je ne pratique pas la violence, mon père, mais la justice. Les personnes accusées passeront dans un tribunal, qui impartialement vérifiera la justesse des faits et prononcera la sentence à ses yeux la plus juste.

Frère Jehan se détourna alors du prêtre et des hommes d’armes et nous retournâmes à nos activités.

Par la suite les jours et les nuits s’écoulèrent paisiblement et sereinement, malgré mon trou de mémoire incurable. Nous vaquâmes aux taches qui nous étaient confié. J’entendis parler un peu du jugement inquisitorial qui s’était déroulé, de la démonstration machiavélique de frère Bernard pour démontrer la culpabilité des deux accusées. Le troisième jour nous sûmes qu’elles allaient être punies exemplairement par la sentence de la mort, et même bien pire, la damnation par le bûcher.

Le soleil se couchait sur l’océan d’un calme plat. Le ciel se teignait de pourpre et d’or et les quelques voiles nuageux parcourant les cieux brillaient d’une douce chaleur sous le firmament naissant. Les piquets étaient plantés sur la place centrale du village, un fouillis de branches et de foin séché au pied. Les badauds au courant de l’exécution venaient voir la procession qui s’avançait depuis les geôles du donjon. Je l’avais suivi depuis là-haut, voulant apercevoir les visages de ces serviteurs du diable, mais leur tête était recouverte d’un sac et l’escorte empêchait toute approche hors du bourreau et de frère Bernard.

Le groupe arriva devant les bûchers dressés et les condamnés furent conduits et attachés à leur poteau respectif. Puis le bourreau leur enleva leur cagoule. Je reconnu très clairement sur le poteau droit la vieille femme que j’avais aperçu le premier jour de mon arrivé ici. La seconde condamnée – c’était très clairement une jeune femme, dans une tunique grise complètement usée – avait son visage caché dans de longs cheveux blonds ondulés. Quel dommage de brûler de si beaux cheveux me dis-je. Il m’était impossible de mieux la discerner. Pourtant, et me sachant très physionomiste, il me parut déjà l’avoir vu.

La foule murmura soudainement plus fort et me sortit de mes observations. Frère Bernard venait de s’avançait au milieu de la place. Il commença à lire un parchemin à haute voix :

- Après plusieurs jours de délibération menées au sein d’un tribunal légal de l’inquisition soutenu par le souverain pontife, les deux accusées ici présentes, toutes deux baptisées sous les yeux bienveillants du Seigneur Tout Puissant, ont été reconnues coupables d’hérésie, de profanation, de marché avec le diable et d’utilisation de sorcelleries sataniques. Ce tribunal les a donc condamnées à un châtiment exemplaire qui s’ensuivra par la mort. Cependant, avant de procéder à l’exécution, les condamnées souhaitent-elles se repentir devant dieu de leur terribles péchés pour que leur âme puisse siéger à ses côtés dans l’après mort ?
- Oui, je veux me repentir de mes péchés, je veux me confesser mon père !

La vieille femme en avait les larmes aux yeux. Frère Bernard s’approcha d’elle. Après quelques minutes de confession à voix basse, frère Bernard se signa, prononça rapidement « au non du père, du fils et du saint-esprit » puis fit un signe de tête au bourreau qui s’approcha du poteau ou était accrochée la condamnée. Ce qui suivit alors fut d’une terrible simplicité. Le bourreau tourna un morceau de bois derrière le poteau auquel était accroché une corde qui vint enserrer le cou et étrangler la vieille femme. Son teint vira un instant au rouge, ses yeux parurent sortir de ses orbites puis dans un dernier spasme les muscles de son visage se relâchèrent. Elle était morte. Frère Bernard parla alors :

- Que son âme repose en paix. Elle a été punie de ses péchés sur terre, mais en s’étant repentie avant de mourir son âme parait pure maintenant devant dieu, et les portes du paradis s’ouvrent à présent devant elle. Et toi – à l’autre condamné -, veux tu te confesser ma fille avant de mourir ?
- Plutôt griller en enfer.

D’un mouvement de tête elle repoussa ses cheveux qui cachaient son visage. Ses yeux étaient froids, perçant, d’un diabolique malfaisant. Frère Bernard grimaça et poursuivit son discours :

- Qu’il en soit ainsi, la sentence du bûcher lui sera appliqué.
- Oui !! Brûlons la sorcière !!!
- La sorcière au bûcher !!

La foule s’excitait. Elle voulait voir mourir dans la souffrance cette diablerie. Frère Bernard fit de nouveau un signe au bourreau qui, prenant une torche, embrasa le bûcher. Le prêtre entama une litanie de prière résonnant dans la langue des anciens comme un chant mortuaire.

Soudain, en regardant le visage de la condamnée reposant fébrilement sur les flammes infernales, je fus pris de vertige. Ce nez, ces yeux, ces cheveux, je les avais déjà vu et…

Et les souvenirs de cette nuit dans la lande sous l’orage me revinrent. Je regardais une dernière fois cette jeune femme qui était si belle et si terrifiante disparaître dans les flammes avant de me retourner les larmes aux yeux, fuyant à travers la foule. La danse frénétique, la chute depuis la falaise, le bûcher, il me fallait remettre mes idées au clair.

Je rentrais dans l’église et m’agenouillais devant le crucifix, priant dieu d’être indulgent, de me pardonner cette nuit de diablerie. Les crépitements du bûcher résonnait étrangement dans cette nef archaïque, lui donnant un air malsain. Je préférais finalement sortir pour marcher sur la corniche.

Le soleil avait à présent disparu sous l’horizon. Sur la lande, illuminée par les milles feux du firmament, je savais que subsistait la lueur incandescente au cœur du bourg, derrière moi. Je voulais oublier. Etait-ce possible ? Sans doute. Père Jehan m’avait expliqué un jour que même l’âme la plus pure devait un jour commettre une erreur pour mieux évoluer sur la sainte voie. Et que la perfection n’était pas une réalité mais un objectif à atteindre, comme la vérité en chacun. Père Jehan était féru de littérature.

Je restais là, à contempler le panorama de cette côte, parmi la bruyère et le granite. Les vagues se brisaient tout en bas, les remous incessants produisaient un chant mélancolique. Ce paysage était ensorcelant. Ces terres anciennes m’impressionnaient. Peut-être étaient-elles loin de toute civilisation, mais elles enfermaient une âme sauvage, une âme unique en son genre.

J’entendis des pas. Un bruissement de vent. Je me retournais mais vis à peine le coup venir. Je ne pu l’éviter et sombrais une nouvelle fois dans le noir.

-- 
Salut et liberté
E-mail:h_severn_arobase_hotmail.fr   MSN Messenger: h_severn_arobase_hotmail.fr
Pseudonyme   Hari Seldon

http://www.votrelecture.info/images/AvatarSylv.gif
Status   Déconnecté(e)

Grade   Modérateur

Statistiques   13 sujets
65 messages
Date du message   29 Juin 2007 à 22h27
Des bruissements de pas. On me transportait. Je sentais mes poignés enlacés par des lianes autours d’une barre de bois, mes pieds aussi. Je sentais l’air glacial me gifler les joues, et le cahotement du terrain accidenté ne cessait d’irriter mes poignés. A travers mes paupières entrouvertes, le ciel étoilé avait laissé place à une obscurité béante.

Après un long moment je cru distingué des reflet de torches sur ce qui s’avérait être le plafond d’un tunnel souterrain. Puis celui s’éleva pour laisser place à une voûte sculptée avec finesse. Je n’en n’avais jamais vu de telle auparavant. Des courbes en bas-relief formaient des figures étranges, ésotériques pour moi. Elles semblaient luire d’un lapis cristallin.

On me déposa sur une table de pierre et on défie mes liens. Quel soulagement pour mes pauvres membres… Je restais à contempler ce plafond, attendant une diablerie de ces terres. J’étais tombé dans son piège, elle m’avait dans son antre maintenant.

« Tu peux te relever. »

La voix féminine qui avait parlé était emprunte d’autorité. Je m’assis sur la dalle comme elle me l’avait ordonnée. Mes yeux furent émerveiller de découvrir la salle dans son ensemble. Non pas qu’elle était très grande, non. C’était un antre. Les murs étaient couverts d’étagères pleines à craquer de fioles, de toiles d’araignées et de livres poussiéreux, ou d’artéfacts que je ne pus identifier. Sur le côté se dressait une vieille porte de bois vermoulu. Des sortes de vieilles lampes à pétrole qui en un temps devaient reluire étaient suspendues un peu partout. Devant moi, au fond, était creusée une cheminée ou dansaient gaiement des flammes dont je sentais la chaleur venir embraser mes veines. Devant le foyer, debout, le dos tourné, dans une grande cape pourpre, la tête emmitouflée dans une capuche, mon interlocutrice.

- Je me désole un peu de la manière dont tu as fais connaissance avec mes amis les Korrigans, mais je ne pouvais faire autrement.
Je ne comprenais rien, j’avais plus peur qu’autre chose.
- Qui êtes-vous ?
- Qui suis-je ?

Elle se retourna. Ses yeux, ses cheveux d’or, ses traits… Je la reconnue tout de suite. Terrifié, je ne trouvais rien d’autre à dire que :

- Vade rétros satanas !

Elle explosa de rire, les yeux noircis mais vifs, un sourire cynique au lèvre.

- Tu as cru qu’un bûcher allait venir à bout de moi ? Allons, ma magie est bien plus puissante que vos inepties de prières.
- Sorcière diabolique.

Son rire se fit plus fort.

- L’exact portrait de son père ! Naïf comme un nouveau né !
- Comment pouvez vous connaître mon père ? Je suis orphelin !
- Non. Car je suis ta mère.

J’étais abasourdi. Je ne voulais pas le croire. Cette jeune inconnue ma mère ?!

- Co… co… Comment ? Ce n’est pas possible !
- Impossible ? Juste improbable. Regarde le dos de ton médaillon, Erwhann.
- Non, c’est impossible !

Soudain tout ne fut que ténèbres, l’air s’agita, me paralysant, le vent tourbillonnait dans cette petite pièce et quelque chose me prit soudainement au cou pour me soulever, en la regardant je su que c’était son regard. Je pu tout juste arracher un mot dans cet enfer :

- Sorcellerie !

Je priais intérieurement dieu d’accepter ma pauvre âme parmi les siens. Je le remerciais pour sa générosité en ce monde. Mais je vis ma médaille se soulever dans le vide, le verso tourné vers moi. J’y lisais un étrange dessin formé de courbe, sorte de trois spirales reliées par un triangle.

- Regarde le symbole du dieu cernunnos dont ta famille est le serviteur depuis des siècles innombrables. Regarde ton destin qui est scellé avec le mien.

Et elle montra le dos d’une médaille qu’elle portait au bout d’une chaînette, le dos représentant le même dessin.

- Que tu le veuille ou non, nous sommes lié par la magie des anciens temps.
- Mais…
- Pourquoi toute cette machination ?

Son rictus s’apaisa, le vent cessa. Je retombais sur la dalle. Des liens invisibles m’enchaînaient toujours. De toute manière j’étais pétrifié de terreur.

- Depuis plusieurs siècles, les seigneurs de cette terre convertissent les masses à ta civilisation. Mais nous croyions, nous les druides, que cela n’entraverait pas nos démarches d’harmonie avec la nature. Mais hélas, nous étions naïfs. Nous nous voyions tout puissant dans notre magie céleste, nous n’en étions pas moins fragiles. En amenant votre foi, il a amené la barbarie qui vit avec. Des vandales vinrent pillant nos peuples. Pour stopper cette anarchie le Comte fit venir des inquisiteurs, qui comme frère Bernard, s’engraissèrent sur le peuple et rétablir un ordre autoritaire à coup de condamnations et de bûcher. Nous ne craignons pas les inquisiteurs, comme tu peux le voire, mais les forêts disparaissent dans l’industrie, les vecteurs d’énergie mystique que sont nos menhirs finissent en rangées de pierres dans les remparts. Si je peux préservé mon allure de jeunesse, je ne suis pas immortelle, et viendrait alors un jour ou tous les druides auraient disparus, oubliés par la modernité.
- Mais pourquoi m’avoir alors abandonné loin d’ici.
- Ton père était convaincu que notre monde de magie était fini, que d’ici quelques décennies, quelques siècles tout au plus, ce serait le triomphe de la technologie. Je dois reconnaître qu’à cette époque j’avais tort. Je voulais mener une guerre contre ces envahisseurs, les faire partir loin de nos terres. Mais l’ennemi fut plus nombreux et nous perdîmes. Je suis l’un des derniers représentant des dieux celtes. Ton père pour te protéger t’emmena loin d’ici. Tu fus confié à des moines qui devaient t’élever en toute sécurité, ce qui fut le cas à ce que je vois.
- Mais…
- Le monde n’est fait que de « mais » n’est ce pas ? Qu’est devenu ton père ? Je ne saurais le dire avec précision. Peu après son retour, peu après t’avoir laissé à des moines, il apprit l’existence d’un puissant artefact suffisamment puissant pour nous faire gagner notre guérilla. Celui-ci se trouvait au-delà des horizons de ce monde, par delà les mers magiques et les firmaments d’étoiles. Je n’ai plus eu de nouvelles de lui.

L’ensorceleuse alla chercher un vieux grimoire dans lequel était coincé un marque-page. Le dépoussiérant rapidement, elle l’ouvrit et me montra une page où était représenté une sorte de pierre émeraude où était gravé d’étranges sigles.

- Voici le cahier de ton père. Malgré ses défauts, c’était un grand mage de cernunnos, le dieu cerf des cycles de vie et de mort.
- Pourquoi m’avoir amené ici d’une telle manière ?
- Mon fils, pour bien comprendre ce qui t’es arrivé dernièrement, il te faudrait connaître chaque grimoire présent dans cette pièce. Les mystères de Cernunnos ne sont accessibles qu’aux érudits.
- Et qui me prouve que tout ce que vous m’avez montré, raconter, n’est pas une diablerie, et que Cernunnos n’est autre que Belzébuth ?
- Tu n’as qu’à aller demander à ton père…
- Quoi ?!!
- Ce soir, Orion sera en alignement parfait avec la Lune et Antarès. Je te dis ces noms d’étoiles comme tu les connais toi car dans la langue celte ils ont un tout autre nom. L’océan des cieux s’ouvre donc à toi. Un voyage ne te dit rien ?
- Mais je ne sais rien ! Et pourquoi devrais-je vous croire ?

Ma pseudo- mère s’approcha de moi et me toucha le torse, l’effleurant de sa main.

- Que ressens-tu au fond de toi ? Je te sens trépignant, intrépide, téméraire comme ton père… Vois au-delà du monde, ton plus grand rêve n’a t il pas été de retrouver tes parents ?

Je devais reconnaître que c’était vrai. Et qu’à cet instant précis, encore d’une jeunesse insouciante, un profond doute s’empara de moi. Mais la vie réelle, bien que sécuritaire, était d’un morne parfois étouffant. L’aventure elle, était dangereuse, et elle m’éloignait des miens…

- Erwhann. Je vais te demander quelque chose. Seulement si tu l’accepte. Je dois rester sur ces terres pour protéger ses mystères encore bien cachés. Mais j’ai besoin de ton père. J’ai besoin de son artéfact pour pouvoir sauver ce monde pendant qu’il en est encore temps. Je t’en prie…
- Mais je ne suis qu’un pauvre moine sans défense !
- Non. Tu es, même si tu ne sais pas encore t’en servir, un grand magicien. Je sens cette énergie en toi. Ton intuition t’a-t-elle trompée un jour ?

Et mon intuition me disait que si je restais sur ces terres cette femme ne cesserait de me harceler, et au fond de moi je savais d’hors et déjà que même si je refusais cette opportunité d’un nouvel avenir, ma vie ne serait plus comme avant, et qu’il y avait des chances pour que je finisse par rôtir réellement sur des bûches incandescentes. La femme referma le grimoire et parla :

- Ceci était le journal tenu par ton père. Je pense que tu arriveras à le lire. Son enseignement te sera précieux pour connaître les secrets de la maîtrise de la vie et de la mort.
- Je le pends. Et j’accepte de partir retrouver mon père.
- Je…

Je compris qu’en cet instant elle ne savait plus quoi dire. Qu’elle était fière de son fils. Un mélange de compassion et d’affection perla sur ses yeux. Elle se retourna et murmura :

- tant d’années…
Puis elle se dirigea vers la porte et l’ouvrit d’un coup de bras énergétique.
- Suis moi, il n’y a pas de temps à perdre, c’est cette nuit ou dans dix ans.

La porte donnait sur une large caverne, avec au centre un lac d’eau très claire. Des torches étaient suspendues au plafond, donnant une luminosité surprenante au lieu. Le chemin descendait jusqu’au bord de l’eau ou se trouvait une barque, flottant.

- Et je pars comme ça, sans argent ni équipement ?
- Là ou tu vas ce qui vient d’ici, à part le livre de ton père et ta force magique, n’a plus aucun sens. Je ne t’ai mis un paquet qu’avec des vêtements et de la nourriture.

Elle se rapprocha de moi, dans sa longue robe blanche et sa cape pourpre bordée par ses longs cheveux dorés.

- Erwhann. Tu es mon fils, ma chaire. Je t’aime. Prends garde à toi… et reviens avec ton père. Tout ce que tu dois savoir sur lui, tu le sauras dans ton livre…
- Merci… mère.
- Pour la route à prendre, pour aboutir dans le bon monde, tu crieras à tue-tête le nom de ta destination lorsque tu sentiras que tu es au plus profond des ténèbres.

Elle me murmura alors le nom dans l’oreille. Je montai dans l’embarcation qui avança seule. L’ensorceleuse me regarda m’avancer sur le lac puis m’engouffrer dans un tunnel de pierre.

Ce fut d’abord les reflets rocheux qui m’entouraient, puis alors que la lueur de la caverne disparaissait derrière le plafond s’illumina de milles lucioles, pour m’apercevoir rapidement qu’il s’agissait en fait d’étoiles.

Je défilais ainsi un bon moment sous les constellations et les astres, avant que peu à peu ils se fassent plus rares pour n’être finalement que ténèbre. Au cœur de l’obscurité, je me levai alors, prenant ma respiration, et, à haute voix, avec toute la puissance de mes cordes vocales, le livre de mon père serré contre moi, je criai :

« Mélynea !! »

-- 
Salut et liberté
E-mail:h_severn_arobase_hotmail.fr   MSN Messenger: h_severn_arobase_hotmail.fr
Pseudonyme   Hari Seldon

http://www.votrelecture.info/images/AvatarSylv.gif
Status   Déconnecté(e)

Grade   Modérateur

Statistiques   13 sujets
65 messages
Date du message   29 Juin 2007 à 22h27
nb : je compte l'améliorer par la suite car je sais qu'il y a des choses a revoir.

-- 
Salut et liberté
E-mail:h_severn_arobase_hotmail.fr   MSN Messenger: h_severn_arobase_hotmail.fr
Pseudonyme   Nakaï

Status   Déconnecté(e)

Grade   Lecteur

Statistiques   4 sujets
7 messages
Date du message   15 Août 2007 à 09h39
S'est une belle histoire bien ecrite , dommage que peu de gens la lise jusqu'au bout ;-)

-- 
Loi de Murphy ou loi de l'enmerdement maximal : une tartine beurré tombant d'une table tombera toujours du cotés de la confiture ...
E-mail:thierry.nativel.nakai_arobase_orange.fr   MSN Messenger: thierry.nativel.nakai_arobase_hotmail.fr
Pseudonyme   Hari Seldon

http://www.votrelecture.info/images/AvatarSylv.gif
Status   Déconnecté(e)

Grade   Modérateur

Statistiques   13 sujets
65 messages
Date du message   16 Août 2007 à 11h29
Un visiteur du forum qui repond (c'est deja extra ordinaire) et qui lit tout en entier : aleluya !!! (H)
bien parle Nakai (lol)

-- 
Salut et liberté
E-mail:h_severn_arobase_hotmail.fr   MSN Messenger: h_severn_arobase_hotmail.fr
Ordre décroissant   Ordre décroissant

Statistiques

StatistiquesLes membres ont posté un total de 202 messages, dans 65 sujets.
Nous avons 46 membres enregistrés, dont 4 modérateurs et 1 administrateur
Le dernier membre inscrit est "Scripta Manent"
Il y a actuellement 0 membre et 4 anonymes en ligne sur le forum. [Administrateur] [Modérateur]
Membre connecté : Aucun.

Mentions Légales
Clément Désiles
© Votrelecture 2007
Les articles sont la propriété
de leurs auteurs respectifs

Infos pratiques :
 Plan du site
 Contact
 Fil rss

Normalisation :
Site conforme aux normes du WEB
XHTML 1.1 strict / CSS 2.0
Testé sous Firefox, Opéra, Internet Explorer
Résolutions de 800x600 à 1280x1024